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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Brest, métropole océane
La Bretagne doit marcher sur deux jambes et donc posséder un pôle d’équilibre et de développement à la pointe d’Armorique, complétant la sphère d’influence de Rennes, capitale régionale excentrée. Ce discours de bon sens a progressivement convaincu les décideurs du Pays de Brest. Il est aujourd’hui partagé, et mis en musique, par l’Etat.

Prenez une carte de l’hexagone. Rares sont les capitales régionales excentrées. La Bretagne présente une physionomie différente. Déjà située très à l’est de la région, presque aux marges, Rennes ne sera peut-être en 2013 qu’à moins d’une heure et demie de Paris en TGV. Quasiment la grande banlieue parisienne. A l’inverse, la seconde ville de Bretagne, Brest, et la capitale du Finistère, Quimper, demeurent en périphérie, en bouts de ligne, de plus en plus loin des courants d’échanges européens. A mi-chemin, Lannion et Lorient, faute de mieux, se tournent généralement vers Rennes, délaissant quelque peu la pointe d’Armorique. Est-ce logique ? Non, parce que la Bretagne a besoin d’équilibre. Il lui faut, pour faire contrepoids à Rennes et, mieux encore, compléter son action, un second pôle fédérateur, catalyseur d’énergies, animateur d’espaces. Cette 2e métropole régionale que les aménageurs appellent de leurs vœux ne peut être que Brest.

Il n’est pas forcément nécessaire de rappeler en détail tout ce qui fonde ce constat : un ensemble d’infrastructures (port, aéroport, Quartz…), de services (CHU), de pôles d’excellence (océanographie, sciences du vivant…), des poids lourds de l’industrie et de la recherche (Thales, DCN, Meunier…), un outil de rayonnement en réseaux (Brest-Technopôles), une université forte, de nombreuses grandes écoles, des chercheurs au top, etc. Brest, pôle maritime, se trouve au cœur de la réparation navale française, constitue le pivot de la sécurité maritime en Atlantique et sera bientôt l’un des grands échangeurs de la future autoroute de la mer devant longer la façade atlantique. Le Pays de Brest, fort de 375 000 habitants, s’est déjà donné une identité. Il travaille aujourd’hui à l’élaboration de son Scot (schéma de cohérence territoriale), forgeant ainsi dans le concret sa Communauté de destin. Il y a bien longtemps que Brest ne joue plus les seigneurs du Château, bien longtemps qu’elle n’est plus perçue par les autres Finistériens comme un voisin étrange, voire un corps étranger. Ville reconstruite donc ville neuve, elle aurait pu très vite mal vieillir. Ce n’est pas le cas. Elle a su conserver les traits humains marquants de son visage de ressuscité. L’irremplaçable quartier de Recouvrance en témoigne. Aujourd’hui, Brest va vers les autres et les autres viennent à elles. Ils sont acceptés.

Ayant déjà fédéré près de la moitié de la population du département, Brest a vocation à franchir une nouvelle étape : prendre ses responsabilités de pôle d’équilibre sur l’ensemble de la pointe de Bretagne, jusqu’à Lannion, jusqu’à Lorient, et faire en sorte que la Basse-Bretagne regarde à nouveau vers l’ouest. Maire de Brest, président de la Cub, François Cuillandre se réjouit de voir la préfète de Région, Bernadette Malgorn, et le préfet du Finistère, Dominique Schmitt, instituer désormais le projet de Brest 2e métropole en priorité d’aménagement du territoire. " Nous avons commencé par convaincre nos voisins du Pays de Brest, explique-t-il, et maintenant c’est l’Etat ". Le volontarisme de l’Etat se traduit dans les faits. Des projets structurants tels que la modernisation de l’aéroport de Brest-Bretagne, des chantiers audacieux comme le port d’escale du Château, sont placés en priorité haute. Le port de commerce poursuit sa montée en puissance. La préfète de région a créé un groupe de travail sur le thème " Brest 2e métropole ", la mécanique administrative est en marche, celle de la concertation s’enclenchera après les élections. Brest devrait avoir un jour les moyens d’assumer son destin et les responsabilités qui vont avec.
Olivier Boyer

 

Chiffres clés

  • Pays de Brest : 89 communes, 374 730 habitants (44 % de la population du Finistère), 142 600 emplois, dont 96 200 dans la Cub.
  • Cub : 213 541 habitants.
  • Brest : 149 649 habitants.
  • 87,5 %, c’est le taux de réussite brestois au bac général (80,3 % en moyenne nationale).
  • 23 276 étudiants à Brest.
  • 1 800 chercheurs.
  • 60 % du personnel français de la recherche océanographique.
  • 6 232 personnes travaillent sur le site de Brest-Technopôle.
  • 750 000 passagers par an à l’aéroport de Brest-Bretagne.
  • 2,5 millions de tonnes/an au port de commerce de Brest, dont la moitié de produits alimentaires.
  • 1er centre de réparation navale français.
  • 3 365 lits au CHU.
  • 300 000 entrées par an au Quartz.
  • 473 200 visiteurs/an à Océanopolis.
  • 2 064 associations à Brest.
  • 172 000 hectares, la superficie du parc naturel régional d’Armorique.


Etre à la pointe de tous les modes de transports

Jacques Kuhn, président de la CCI de Brest

Quel rôle doit jouer Brest dans le développement régional ?

Cela fait une dizaine d’années que la Chambre de commerce et d’industrie de Brest se bat pour que Brest soit une métropole d’équilibre… La Bretagne a deux pôles : deux grandes villes distantes de 250 km, à chaque bout de la péninsule. Pour permettre un développement harmonieux de toute la région, il faut un équilibre est-ouest. Rennes, qui s’est beaucoup développée depuis qu’elle est capitale régionale, ne peut entraîner le développement de la pointe de Bretagne. Brest doit jouer son rôle de seconde métropole.

En a-t-elle tous les atouts ?

Brest assure un grand nombre de fonctions métropolitaines comme l’éducation, la santé, la culture, la recherche, l’offre commerciale… Mais notre position géographique fait que si l’on veut être seconde métropole régionale, il faut être attractif – nous le sommes – et accessible…

Quels enjeux pour les transports ?

Quand on est à la pointe, il faut être à la pointe de tous les modes de transports ; il faut être meilleur que tout le monde. Nos 2X2 voies doivent être mises aux normes autoroutières, sans péages ! Quant au ferroviaire… Brest doit être à une distance raisonnable, en temps, de Paris, soit 3 heures en desserte commerciale. Mais Brest doit aussi se rapprocher de Rennes : moins d’1 h 30 en TGV si l’on veut vraiment une métropole bipolaire. Les travaux doivent commencer par la pointe.

Il est indispensable que les chefs d’entreprise aient une desserte aérienne forte. C’est à peu près le cas avec une offre de 10 allers-retours par jour vers Paris et de trois allers-retours vers Lyon et Nantes. Nous devrons développer le même type de vols avec d’autres capitales régionales comme Toulouse et Marseille.
Propos recueillis par Régis Fort



" Pas de locomotive sans wagons "

François Cuillandre, maire (PS) de Brest, président de la CUB

Brest 2e métropole bretonne, l’idée n’est pas nouvelle, mais semble aujourd’hui mieux portée par l’Etat.

François Cuillandre : En effet, il s’agit de la continuation d’un processus mais nous avons à présent une oreille plus attentive du côté des services de l’Etat. La vision d’un pôle d’équilibre brestois faisant contrepoids à Rennes est partagée par le préfet du département et par la préfète de Région.

Qu’est-ce qui a réellement changé ?

L’enjeu est d’assurer le développement d’un pôle d’équilibre régional en offrant aux habitants de l’ouest de la Bretagne des infrastructures et services de caractère métropolitain, tels que le port, l’hôpital, l’université, etc. Nous posons cet enjeu depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, la question est appréhendée en termes, disons, plus étatiques.

Qu’attendez-vous de l’Etat ?

Les déclarations de l’Etat reconnaissant le rôle majeur de Brest sont importantes pour les citoyens brestois qui sont parfois sujets au pessimisme ou à une certaine forme d’auto-dénigrement. Mais au-delà des discours, nous attendons du concret. C’est déjà le cas pour le projet de port du Château pour lequel 9 millions d’euros ont d’ores et déjà été sanctuarisés, c’est-à-dire réservés. De même, le chantier de modernisation de l’aéroport de Guipavas a été jugé prioritaire par la préfète de Région. Nous relevons des choix positifs quant à l’affectation des fonds européens. Heureusement pour tous, d’ailleurs, que l’agglomération brestoise était là quand il le fallait pour monter des dossiers.

Pour ce qui est de la desserte ferroviaire, il est clair que nous ne pouvons pas devenir une vraie métropole en nous contentant d’un faux TGV.

Comment faire profiter l’ensemble du Finistère de cet essor métropolitain ?

Il n’est pas question de se retrouver avec d’un côté une ville qui grossirait démesurément et de l’autre des villes moyennes comme Landerneau ou Morlaix qui seraient en situation de déclin. Il n’y a pas de locomotive sans wagons.

Quid des relations avec Quimper ?

Pour l’instant, les deux agglomérations coopèrent assez peu, même si nous traitons des dossiers communs, tels que l’UBO. Avec Lannion, nous travaillons ensemble dans le domaine des télécommunications. Dans le domaine hospitalier, des synergies sont possibles avec Landerneau et Morlaix.

Pour l’UBO, l’enjeu est de retrouver un bassin de recrutement. Il faut faire en sorte que les bacheliers de Lannion ou ceux de Lorient se tournent plus volontiers vers la pointe de Bretagne.

Un réseau de villes serait-il une solution ?

Oui, mais dans la réalité les villes sont en concurrence. Au-delà des amitiés politiques, chacun a ses priorités de développement, ce qui implique la recherche d’un consensus.

Ce que vous faites dans le Pays de Brest.

Dans le Pays de Brest, nous parvenons à éviter la mise en œuvre de projets qui se neutraliseraient les uns les autres. Si nous n’effectuons pas ce travail de hiérarchisation, d’autres le feront à notre place. Le Pays de Brest représente l’aboutissement de 10 années de travail. Ici, les présidents de communautés de communes sont persuadés que le développement de la pointe de Bretagne n’est possible qu’avec une grande ville qui joue son rôle de métropole. Nous avons commencé notre travail de conviction par les élus qui nous entourent et maintenant, c’est le préfet.

Finalement, la décentralisation a du bon ?

Brest 2e métropole, c’est un objectif, un peu comme un horizon jamais atteint, une ambition permanente. Quant à la décentralisation, c’est un moyen, pas une fin en soi. Je reproche au gouvernement d’avoir fait de la décentralisation un slogan. L’usager se fiche du statut de celui qui est derrière la table. Il veut simplement que le service soit rendu vite et bien.
Propos recueillis par Olivier Boyer


" Un développement bipolaire pour la Bretagne "

Dominique Schmitt, préfet du Finistère

Aux yeux du préfet, Brest a vocation à devenir le second pôle de développement régional, en complément de la métropole rennaise. Cet effet d’entraînement produit par l’aire urbaine profitera à l’ensemble de la Basse Bretagne. L’enjeu est déterminant pour les Finistériens, et pour leurs voisins.

Pourquoi Brest doit-elle devenir, en complément de Rennes, la seconde métropole bretonne ?

Dominique Schmitt : Parce qu’elle possède tous les atouts d’une métropole régionale. En premier lieu, son aire urbaine accueille 350 000 habitants, c’est la deuxième de Bretagne. Elle présente par ailleurs un arrière-pays extrêmement attractif. Son aéroport de Brest-Bretagne est déjà le premier de la région en trafic passagers (750 000 voyageurs). Il va connaître d’importants travaux qui augmenteront encore ses capacités. Comme métropole, elle offre de grandes qualités en matière de santé avec le centre hospitalier universitaire, l’hôpital des armées Clermont-Tonnerre et un important réseau de cliniques. Mais Brest, c’est aussi une grande métropole universitaire : l’UBO et les grandes écoles, l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications de Bretagne (ENST Bretagne), l’Ecole Nationale d’Ingénieurs des Etudes et Techniques d’Armement (Ensieta), l’Ecole Navale, l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Brest (Enib), l’Ecole Supérieure de Commerce et d’Administration des Entreprises (Escae Bretagne). Enfin, Brest est une métropole culturelle et touristique avec Océanopolis (près de 500 000 visiteurs par an), la scène nationale du Quartz (300 000 entrées par an) et le Musée de la Marine.

Brest est également une grande métropole maritime.

Cette richesse se décline en plusieurs volets. Brest représente l’entrée maritime occidentale de la Bretagne et donc un accès privilégié au territoire national. C’est d’abord un port bien équipé. Le port de commerce dispose d’une passerelle ro-ro (roll on, roll off), d’un terminal gazier et pétrolier, d’un terminal vrac agroalimentaire, d’une plateforme multimodale, d’équipements frigorifiques. La pointe d’Armorique offre aussi un port d’escale de croisière et un port de plaisance. Brest, c’est ensuite un port abri, pivot de la sécurité maritime en Atlantique, siège de la préfecture maritime, porte d’attache des remorqueurs de haute-mer. C’est une rade protégée permettant d’accueillir les navires en difficulté mais également de pratiquer la voile par presque tous les temps. Brest est également le premier site français de réparation navale, aussi bien militaire que civile. Enfin, c’est un centre de connaissances océanographiques exceptionnel, avec l’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer), le Cedre (Centre de Documentation, de Recherche et d’Expérimentation sur les Pollutions), le Shom (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine), le SETMEF (Service des Etudes Techniques, Maritimes et Fluviales) du ministère de l’Equipement, l’IUEM/UBO (Institut Universitaire Européen de la Mer), l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) et l’INSU (Institut National des Sciences de l’Univers).

Brest, c’est enfin un Technopôle performant.

Il a d’ailleurs la configuration nécessaire pour être tête de ligne d’un réseau de technopôles sur la façade atlantique. Il possède plusieurs domaines d’expertises. D’abord, les sciences et ingénieries océanographiques. Ensuite, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, notamment avec l’Agence Nationale des Fréquences et toute une série d’entreprises qui interviennent dans le domaine des instruments et composants optiques. Autre pôle d’excellence : les sciences du vivant, avec l’Ecole Supérieure de Microbiologie et Sécurité Alimentaire de Brest, l’Institut des Sciences Agroalimentaires et du Monde Rural, l’Agence de Sécurité Alimentaire des Aliments (spécialité poissons), auxquels s’ajoute, là encore, un ensemble d’entreprises performantes. Enfin, le Technopôle brestois est expert dans le domaine de la matière, grâce au BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), à l’Ifremer et aux entreprises intervenant dans le domaine des composants électroniques passifs en hyperfréquence.

Pourquoi cette urgence à fédérer autour de Brest ?

Le développement de l’Ille-et-Vilaine s’est construit sur un socle métropolitain qui a porté le dynamisme démographique du département. Un tel processus est nécessaire dans le Finistère afin de retrouver une croissance démographique qui profitera aussi bien aux Finistériens qu’à leurs voisins.

Comment faire avancer le projet ?

D’abord en favorisant une réflexion approfondie autour des schémas de cohérence territoriale (Scot), notamment lors des " portés à connaissance " (*) et du processus d’association, afin de favoriser une réelle prise de conscience partagée des territoires Finistériens sur cet enjeu d’un développement bipolaire métropolitain en Bretagne. Sur la question des grands enjeux de l’Etat, il est nécessaire de faire apparaître une politique d’aménagement du territoire qui repose sur trois concepts. Brest 2e métropole régionale est le premier d’entre eux. En second lieu, il s’agit de renforcer l’axe Brest-Quimper et à travers lui l’unité du département autour de son chef-lieu. C’est le corollaire du projet Brest 2e métropole. Le département souffre d’un mode de développement où le nord et le sud s’ignorent alors qu’ils ont besoin de s’appuyer l’un sur l’autre. Ce qui fait la force du Finistère, ce sont ses 850 000 habitants. Tout ce qui divise affaiblit l’ensemble du département. Brest a vis-à-vis de Quimper des responsabilités qu’elle doit assumer. Parallèlement, il faut que Quimper exerce ses responsabilités de capitale départementale. Troisième axe de notre politique d’aménagement : les pays. Il faut valoriser les spécificités de ces ensembles cohérents (Morlaix, Brest, Quimper, centre Bretagne ouest) qui concourent au développement, au dynamisme et à la richesse du Finistère.

Quel est le calendrier d’action ?

Cette démarche requiert un large consensus, un partenariat impliquant la région, les départements, la CUB, la préfecture maritime… Dans le cadre de la réforme de l’Etat, la préfète de Région va mettre en œuvre son plan d’action stratégique de l’Etat en région (paser) au printemps 2004. Je réaliserai ensuite mon plan d’action stratégique de l’Etat en Finistère (pase) avant juin prochain. Je souhaite voir aborder ce concept dans le Paser. La préfète de Région a accepté de créer un groupe de travail à cet effet. A l’issue des élections régionales et cantonales, ce groupe de travail aura vocation à s’élargir aux collectivités.
Propos recueillis par Olivier Boyer

*Documents remis par les services de l’Etat aux responsables de la mise en œuvre des Scot et destinés à appuyer leur réflexion.



" Il faut travailler en réseau "

Marc Labbey, premier vice-président de la Communauté urbaine de Brest

Brest métropole régionale. Est-ce déjà une réalité ?

Peu de régions ont une capitale à leur extrémité… Brest doit se positionner comme agglomération au service de la Bretagne occidentale et être utile à tout un territoire par ses fonctions métropolitaines : Brest a un grand CHU, est largement dotée en écoles d’ingénieurs, a un pôle universitaire généraliste, des laboratoires de recherche, une scène culturelle nationale (le Quartz) qui rayonne largement, accueille pratiquement toutes les grandes enseignes commerciales, a un aéroport et un port d’intérêt national… Brest est en position d’apporter des services à tout un territoire.

Comment franchir le cap de la métropole ?

Ce qu’il nous reste à faire, c’est de travailler d’avantage en réseau. Il n’y aurait aucun sens à tout concentrer à Brest. La technopole de Brest réfléchit par exemple à un partenariat avec celle de Quimper. Elle doit apporter son concours au développement d’autres territoires. C’est sa vocation. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de Brest un pôle d’équilibre pour le développement régional. C’est un état d’esprit à développer. L’image de Brest ne correspond pas à la réalité. Il faut que les Brestois soient les ambassadeurs de leur ville. Il faut aussi que l’Ouest de la Bretagne partage l’idée que l’on peut regarder vers Brest, que c’est ensemble que l’on va construire à la pointe de la Bretagne une métropole nécessaire au développement.

Le Pays de Brest est un bon exemple de travail en commun.

Ce travail se fait depuis dix ans et commence à prendre de la consistance. S’il n’y avait pas les infrastructures de la ville centre, les villes de l’agglomération auraient du mal à se développer. Sans l’aéroport et ses dessertes de qualité, tout le monde serait pénalisé. Le Pays de Brest, c’est aujourd’hui 360 000 habitants, soit près de la moitié de la population du département, et 140 000 emplois.

Quelle évolution pour l’emploi ?

Brest a connu des restructurations importantes dans les métiers de la Défense. Entre 1995 et aujourd’hui, la DCN a supprimé 3 000 emplois et la sous-traitance en a perdu 600. La Marine représente aujourd’hui 20 000 personnes qui font tourner l’économie locale. La DCN présente un plan de charge que beaucoup de chefs d’entreprise aimeraient avoir. Mais nous avions anticipé sur la nécessaire diversification du bassin d’emploi. Il y a aujourd’hui une forte proportion de l’emploi dans le secteur tertiaire. Le commerce se développe. Il génère des emplois féminins qui en génèrent d’autres. Brest sait mobiliser les acteurs de l’emploi et a la capacité de répondre aux sollicitations d’entrepreneurs. Les Brestois ont appris que l’avenir était entre leurs mains et qu’ils ne devaient pas tout attendre de l’État.
Propos recueillis par Régis Fort

 

" C’est la volonté des Finistériens "

Jean Le Vourch, président d’Investir en Finistère

Brest 2e métropole régionale, est-ce une bonne solution pour le développement finistérien ?

Pour que les pays se développent, il faut des locomotives. L’essor brestois est évidemment un facteur positif mais Brest se développera d’autant mieux que son arrière-pays progressera. Aujourd’hui, la crainte que l’on peut avoir, c’est le développement de Rennes et Nantes qui pourrait mettre Brest à l’écart. Les gens vont là où il y a des gens, les entreprises vont là où il y a des entreprises. L’attraction du nombre, ça existe. Nous avons toujours combattu cette menace. Il faut être vigilant sur cette bagarre entre bassins d’emplois.

Brest combat certains handicaps.

Quand une maison mère parisienne cherche des sites d’implantations d’usines et qu’elle fait le compte des coûts de transport, le fait de ne pas avoir un vrai TGV représente un handicap lourd. J’ai été très déçu pour la Bretagne quand j’ai appris la concrétisation du projet de TGV Méditerranée qui a mis Paris à trois heures de Marseille. En termes de géographie ferroviaire, Marseille remontait à hauteur de Valence alors que nous restions très au large d’Ouessant. Ceci dit, notre réseau de voies express gratuites constitue un avantage compétitif réel mais il n’est plus suffisant pour compenser notre caractère périphérique. Mais pour moi l’essentiel est de mettre en lumière nos atouts qui sont considérables. Quand les gens viennent s’installer à Brest, ils ne veulent plus repartir parce que nous bénéficions ici d’une qualité de vie exceptionnelle. Dans ce registre, un outil comme le Quartz est très important pour faire venir les cadres. Il ne faut jamais négliger les valeurs ajoutées que représentent la culture et l’environnement. Elles sont de plus en plus souvent prises en compte dans les décisions de délocalisations.

Peut-on traduire en implantations d’entreprises le potentiel de séduction touristique du Finistère ?

Dans notre département, agriculture et tourisme sont totalement complémentaires. La richesse de notre culture repose sur des gens qui vivent sur place et qui la portent. Plus il y aura d’emplois dans le Finistère, plus nos communes seront prospères, plus il y aura de touristes ici.

On parle beaucoup de fonds européens en ce moment. Sont-ils à vos yeux l’une des clés du développement ?

Je préfère compter sur la volonté des Finistériens plutôt que sur les fonds européens. Pour ce qui est de leur utilisation, je pense qu’il est préférable d’avoir des projets structurants qui jouent un rôle de produits d’appel comme dans un commerce. Cela permet à d’autres projets de se greffer dessus.

Quel rôle peut jouer Investir en Finistère dans la construction de Brest 2e métropole ?

Aujourd’hui, notre priorité est de contrer le développement du bassin de Rennes et c’est une réelle difficulté. Au sein d’Investir en Finistère (*), nous avons trois objectifs : faire connaître les atouts et les succès du Finistère, faire venir des entrepreneurs et exercer un lobbying contribuant à améliorer la desserte du Finistère, en nous appuyant sur le réseau des CCI, des banques et des entreprises. De grandes entreprises comme Thales, Meunier sont très heureuses d’être ici et d’y trouver toutes les compétences dont elles ont besoin. Notre ambition est également d’accélérer l’accès local au haut-débit Internet qui constitue un élément structurant majeur du territoire. Il y a deux ans, ceci apparaissait comme une vue de l’esprit. Aujourd’hui, les opérateurs ont admis cette nécessité parce qu’ils ont trouvé en face d’eux des gens qui en voulaient.
Propos recueillis par Olivier Boyer et Régis Fort

*L’association Investir en Finistère a été fondée par les trois Chambres de commerce et d’industrie du Finistère, le Crédit agricole et le Crédit Mutuel de Bretagne. Jean Le Vourch est président de la Caisse régionale du Crédit Agricole du Finistère.



Port de commerce, porte de l’océan
En quelques années, le triste port et ses friches industrielles se sont refait une santé. Port d’intérêt national géré par la CCI, l’outil qui était longtemps resté une " ville " en dehors de la cité a bénéficié d’une politique volontariste d’aménagement. Le port a regagné sa place dans le cœur des Brestois.

Chaque année un peu plus, chaque année un peu mieux. Telle pourrait être la devise du port de commerce de Brest. Véritable plaque tournante de l’économie locale, l’équipement constitue l’un des éléments majeurs du désenclavement de la Bretagne occidentale.

Premier port européen d’exportation de volailles congelées, et premier port national dans le traitement des conteneurs. Premier aussi pour la réparation navale.

Placé sous la gestion de la Chambre de commerce et d’industrie de Brest depuis sa création en 1881, l’outil a su évoluer avec son temps. Il n’y avait de toute façon pas le choix : " Le port permet à toute une industrie locale de pallier sa géographie excentrée. S’il fallait ne passer que par le rail et la route, le surcoût serait tel que les industries ne pourraient pas faire face. Le port essentiel au développement économique de la Bretagne occidentale ", rappelle Jean-Luc Peltier, directeur des équipements du port à la CCI.

Des équipements renouvelés
Située à la pointe de la première région européenne en matière d’industries agroalimentaires, Brest ne pouvait pas se permettre de laisser vieillir les équipements portuaires. Derniers investissements en date : les installations dédiées au vrac agroalimentaire, et la plate-forme multimodale.

Pour prendre en charge ce vrac agroalimentaire, le port dispose aujourd’hui de deux quais de déchargement, de silos et magasins de stockage, de grues adaptées, de bandes transporteuses… Bref, tout l’équipement " susceptible de développer l’activité en la matière ". En tout, la capacité de stockage de vrac se monte à 120 000 tonnes, tandis que deux trains peuvent être chargés chaque jour…

La plate-forme multimodale est, quant à elle, née entre 1997 et 1998, en pleine révolution du conteneur. Avec 600 mètres de quais, une plate-forme roro, des terre-pleins équipés de 200 prises, le port brestois a su prendre le bon tournant au bon moment. En 2003, le trafic de conteneurs a augmenté de 50 %, et devrait continuer dans les mêmes proportions en 2004… " Face au développement de la conteneurisation, il fallait investir. Sinon, on perdait tout le trafic. Aujourd’hui, nous savons que ce marché va encore progresser de 50 %, notamment avec Doux, qui commence à passer son tonnage palette en conteneurs ", souligne Jean-Luc Peltier.

Expansion continue
Avec 2,5 millions de tonnes de trafic en 2003, Brest poursuit son développement. Un mouvement ascendant qui ne s’est pas démenti depuis près de 15 ans, et qui occupe de près ou de loin plus de 4 000 personnes. Outre l’agroalimentaire, le port voit chaque année passer par ses quais des hydrocarbures (second tonnage à l’import), du ciment, des huiles, des ferrailles… Le tout pour un trafic en provenance ou à destination du monde entier.

Prochaine étape : " Pour l’heure, il s’agit de consolider la position acquise grâce aux investissements. Développer les trafics aussi, mais cela dépendra bien sûr de l’économie de l’industrie de notre hinterland. Ensuite, mais à horizon de 10 ou 15 ans, il faudra bien sûr savoir s’inscrire durablement dans le cabotage. "

En attendant, après 10 ans d’investissements majeurs (à hauteur de 45 millions d’euros), les grands travaux vont laisser la place à de plus petits chantiers, dont la restructuration de la plate-forme multimodale, ou encore la consolidation des quais sur pieu, en attente des crédits d’Etat prévus dans le cadre du contrat de plan Etat-région.
Elisabeth Jard

 

2003 : nouvelle année record

En 2003, le trafic du port de commerce brestois a approché son record historique de 1963, avec 2 517 386 tonnes. Principal poste à l’origine de cette belle performance : le vrac agroalimentaire qui connaît cette année une progression de 5 %, à mettre en regard de la crise généralisée du secteur. " Nous sommes dans cette situation un peu exceptionnelle, grâce à la présence de l’usine Cargill à Brest ", rappelle Jean-Luc Peltier. A l’import, tourteaux de soja (+88%) et huile de palme raflent la place d’excellence. La poudre de lait reprend également du service (+211%), quand les ciments, clinkers, viandes congelées ou pommes de terre s’affichent à la baisse. Côté hydrocarbures en revanche, la situation est à nouveau satisfaisante (+10%), grâce uniquement au trafic d’essence et de fuel.

 


Réparation navale

Brest en tête de pont
Les sombres heures de la réparation navale brestoise sont depuis longtemps archivées dans les mémoires des anciens. Après avoir vécu une grave crise au milieu des années 80, le secteur pointe aujourd’hui à la première place nationale.

"En 1985, après que l’Etat a décidé d’investir dans la forme 3, il n’y avait plus de travail. Les ateliers ont dû fermer : il ne restait plus à Brest que des outils, et des hommes sur le sable… ", se remémore l’actuel dirigeant de la Sobrena, Bernard Furic. Créée le 1er avril 1987 par Albert Meunier, la Société bretonne de réparation navale relève le défi, avec 160 emplois. Aujourd’hui, ils sont 250 permanents, " mais le travail qui est amené à Brest par la Sobrena fait travailler entre 600 et 800 personnes en sous-traitance ", relève le Pdg. Premier site de réparation sur le territoire national, Brest, via donc la Sobrena, a réussi à se " refaire ", tandis que les autres chantiers français connaissent aujourd’hui de grosses difficultés.

Chaque année, 40 à 45 navires passent dans l’une ou l’autre des trois formes de radoub, pour réparation ou entretien. Un équipement complet, qui attire des bateaux venus du monde entier, et notamment des ferries, des méthaniers et des shuttles tankers*. Trois " niches " dont Brest s’est fait la spécialité, tout en accueillant également des bâtiments plus " classiques ", comme les caboteurs, les pétroliers, ou les vraquiers.

L’horizon de la réparation navale brestoise apparaît donc comme dégagé. Pour autant, l’avenir n’est pas tout tracé : " Nous roulons actuellement à notre vitesse de croisière… En plein brouillard ! Mais on sait que la route est là ! Quelle sera sa qualité dans l’avenir ? Cela dépendra aussi de nos concurrents ", estime Bernard Furic.
E.J.

*Navettes entre les champs pétroliers et les ports.



ZAC

Un chantier de longue haleine

Suivant le schéma de référence portuaire cosigné en 1994 par l’Etat, la Cub et la CCI de Brest, les différentes zones du front de mer se sont vues assigner des vocations différentes : nautisme et tourisme pour le Moulin Blanc ; industrie pour la zone centrale ; la ZAC pour le secteur proche de l’extrême ouest du port civil.

" On était à l’époque sur une énorme friche industrielle qui donnait une image négative à l’entrée de ville ", resitue Patrick Prigent, chargé du dossier à la Semaeb, qui gère la concession d’aménagement pour la communauté urbaine. Très vite, l’idée de dédier le site à des PME-PMI est arrêtée. " Un travail de remembrement gigantesque a dû être effectué au préalable, de 1995 à 1997. Il a fallu déplacer la gare de marchandises et plusieurs équipements lourds. A partir de 2000, tout était prêt pour entamer la seconde phase d’aménagement. "

Quinze immeubles professionnels
Depuis, tout a été très vite. " L’attente était alors très forte. Les gens étaient demandeurs, et les terrains se sont vendus, aussi bien pour des locaux d’activité que pour des bureaux ". Aujourd’hui, la majeure partie du site est " prête à l’emploi ". Six immeubles sont sortis de terre, et les terrains continuent à se vendre, à un rythme toutefois moins soutenu. " Il ne reste de toute façon plus beaucoup de terrains disponibles. On verra maintenant deux ou trois nouvelles acquisitions par an. Et d’ici quatre à cinq ans, l’ensemble devrait comprendre une quinzaine d’immeubles, représentant une surface de 40 000 mètres carrés de surface de plancher, composés de bureaux et de locaux d’activité ", prévoit Patrick Prigent.

L’ensemble, qui aura nécessité un investissement global d’environ 18 millions d’euros, apparaît d’ores et déjà comme une franche réussite. Tant du point de vue de l’image, que des retombées économiques : " Le tout devrait générer dans les 38 millions d’euros de travaux privés : il y a donc un effet de levier considérable ", rappelle M. Prigent. Et ce n’est pas fini. Car, avec le dossier du Port du château, il faudra alors " s’attaquer " à la partie la plus occidentale du port civil, pour achever de parfaire l’ensemble.
E.J.

 

Deux établissements Seveso

Dans la ligne de mire

Le danger ne date pas d’hier. Les Brestois cohabitent depuis plus de trente ansavec les dépôts de gaz d’Imporgal et de pétrole de StockBrest, tous deux situés sur le port de commerce, et classés Seveso. Jusqu’ici, tout s’est bien passé. Mais on n’est jamais trop prudent. " Des études de danger ont déjà été faites sur ces établissements, mais elles doivent évoluer en fonction des retours d’expérience ", rappelle Roland Meyer, le sous-préfet de Brest.

Classés dans la catégorie des installations à risques, les deux dépôts font aujourd’hui l’objet d’une double zone de protection, prévoyant de strictes restrictions à l’urbanisme. Mais les fameux retours d’expérience, qui ont fait apparaître de nouveaux risques possibles, pourraient bien bouleverser cette donne dans le cadre de la directive Seveso II*. Les deux exploitants ont, ces derniers mois, dû procéder à de nouvelles études de risques, qui, après un premier examen de la Drire (Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement), font actuellement l’objet d’une expertise indépendante. " Il est possible que les résultats de ces nouvelles études conduisent à étendre l’actuelle zone de sécurité. Cela créerait un conflit entre le souhait de développement de la zone portuaire et l’obligation de mettre en sécurité la population ", rappelle le sous-préfet.

Réduire les risques à la source
Afin d’éviter de telles conséquences, une étude complémentaire visant à trouver les moyens de réduire les risques à la source a d’ores et déjà été demandée par le préfet du Finistère à Imporgal**. " Réduire ainsi les risques permettrait d’éviter d’étendre le périmètre de sécurité, et de mettre le développement du polder en jeu ", résume Roland Meyer.

Des solutions de réduction des risques existent déjà sur d’autres sites. L’étude demandée permettra de déterminer si elles peuvent être mises en œuvre par l’exploitant brestois. La réponse devrait être connue d’ici l’été, et rendue publique par la commission locale d’information et de concertation du port de Brest, mise en place par la sous-préfecture en décembre dernier. D’ici là, les actuelles zones de sécurité restent valables, même si la question de leur extension provisoire n’est pas encore réglée.
E.J.

* La directive Seveso a été modifiée en Seveso II, et introduite en droit français en mai 2000. Elle s’applique à tous les établissements classés " à hauts risques ". La Bretagne en compte 21 au total.

**Les risques étant moindres concernant le dépôt de pétrole de StockBrest

 

DCN, acteur stratégique
La Direction des constructions navales, entreprise de référence mondiale, 3 200 salariés, un millier de sous-traitants, fait sa révolution culturelle.

DCN Brest, – Les Brestois disent l’arsenal – emploie 3 200 personnes aujourd’hui. C’est le premier site industriel du bassin brestois. Après un reformatage justifié par la réduction des besoins en défense – mille départs en cinq ans sur le site brestois –, les effectifs ont retrouvé de la stabilité. En 2004, ils devraient en perdre quelques dizaines, en dépit d’une centaine de recrutements, liés notamment à des départs à la retraite anticipée dans le cadre de décret amiante.

Avec l’adoption d’un nouveau statut, 2003 a marqué un tournant dans la vie de la Direction des Constructions navales, berceau du porte-avions Charles de Gaulle, de nombreuses frégates ou de plateformes offshore. Le 1er juin, DCN administration devenait société nationale de droit privé. Si elle reste détenue à 100 % par l’Etat, elle voit désormais son activité soumise aux règles du code des marchés publics. Comme toute entreprise privée. Cela se traduit par une plus grande autonomie, une plus grande souplesse en matière d’achats, de ressources humaines, d’alliances industrielles. Autant de promesses de gain en termes de coûts, de délais. D’ailleurs, plusieurs contrats ont été achevés avec plusieurs jours d’avance. Autre intérêt du nouveau statut : les entreprises locales, même de taille modeste, peuvent espérer devenir fournisseurs de DCN, qui, auparavant, privilégiait les marchés de masse.

Le Triomphant en grand carénage
Une nouvelle culture sociale, économique, est en marche. " On ne parle plus de plan de charge mais de chiffres d’affaires " dit encore le nouveau directeur de DCN, Yves Dubreuil-Chambardel. Ce changement de statut n’a pas perturbé les chantiers en cours dans la " business unit " DCN Brest. L’année 2003 a été marquée par l’avancement du grand carénage du SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) Le Triomphant, et la construction des deux BPC : bâtiments de projection et de commandement, le Mistral et le Tonnerre. Basé à l’île Longue, après des travaux lourds, le SNLE subira ces premiers essais en été 2004. A l’image de 2002, l’année présente sera une bonne année, prédit-on à DCN.

Les deux BPC sont réalisés conjointement par DCN Brest et les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. Le premier est chargé de la construction des deux blocs arrière, les seconds des blocs avant. En été 2004, la partie avant du Mistral sera transférée à Brest, et la liaison des modules avant et arrière sera réalisée dans la foulée pour une livraison en 2005. DCN voit dans l’amélioration de son offre de service, tant au niveau de l’entretien flotte que du soutien logistique, un autre objectif pour 2004.

En 2004 DCN poursuivra aussi son redéploiement physique sur le site. A terme, elle concentrera ses activités à Laninon et à la Pointe, en aval de la rivière Penfeld. Le plateau des Capucins, en Penfeld, sera libéré à la fin de l’année : pour les Brestois, c’est l’espoir de voir naître ici un nouveau morceau de ville d’ici quelques années. Au voisinage d’un arsenal réorganisé pour mieux faire face à la concurrence.
Monique Férec

 

Thales : As de la Défense
Le site brestois de Thales compte 1 700 personnes dont 50 % d’ingénieurs.Près de la moitié des salariés ont été recrutés sur les quatre dernières années.

Le centre brestois de Thales fêtait son quarantième anniversaire en 2003. Ouvert en 1963, il accueillit à l’origine la CSF, qui rejoignait en 1969 le groupe Thomson. En 2000, Thomson-CSF devenait Thales. Avec près de 1 700 collaborateurs aujourd’hui, des compétences de haute technologie, le site brestois de Thales regroupe des activités complémentaires dans le domaine des systèmes aéroportés et de la lutte sous-marine. Les activités de Thales systèmes aéroportés (TSA) sont notamment dédiées à la patrouille maritime et à la guerre électronique navale, celles de Thales Underwater Systems (TUS) étant plus spécifiquement orientées vers les systèmes de lutte sous la mer. Numéro 1 à l’export, n° 2 en Europe et n° 3 mondial, cinquante ans d’expérience, présent dans 50 pays, Thales est l’un des principaux acteurs de l’industrie navale de Défense. Il offre des systèmes avancés répondant aux besoins stratégiques et opérationnels des marines nationales couvrant tous les aspects de la guerre navale. Les radars, sonars et systèmes de communication Thales équipent de nombreuses marines mondiales.

A Brest, un environnement favorable
Le pôle brestois s’est renforcé ces dernières années. " A Brest, 40 % des effectifs actuels ont été recrutés sur les quatre dernières années et le nombre d’ingénieurs et cadres a plus que doublé en 10 ans ", explique Hervé Moulinier, directeur de TSA. Cette dynamique est le fruit de mouvements successifs de décentralisation de Paris vers Brest depuis la fin des années quatre-vingt-dix, initiée par le groupe Thales avec le soutien des collectivités locales : Cub, Conseils général et régional, mais aussi l’union européenne, de la chambre de commerce de Brest, et de la Datar. " De 1999 à 2001, l’ensemble des activités de guerre électronique navale de Thales a été transféré sur Brest. En 2001, deux centres de compétence suivaient le même chemin alors, que, parallèlement, certains métiers se renforçaient. On estime à 150 le nombre de recrutements entre 2001 et 2003. Le groupe a profité des capacités locales et des liens avec la recherche et le tissu universitaire pour confier à Brest des opérations plus complètes ". Tout cela est bon pour Brest, d’autant que Thales contribue directement à l’emploi local en sous-traitant des services de proximité à trois cents personnes environ. Depuis quarante ans, le site brestois de Thales entretient des rapports étroits avec la Marine et l’Aéronavale, installées dans la région brestoise. Dans le même temps, le site développe des liens avec l’enseignement supérieur et la recherche. Des collaborations sont en cours avec quelques-unes des huit grandes écoles et le nouveau CERV, le centre européen de réalité virtuelle, dans des domaines d’avenir comme le traitement du signal.
Monique Férec



65 000 salariés, 50 pays

Thales est un groupe major mondial de l’électronique. Il compte 65 000 personnes réparties dans 50 pays.

- 60 % du chiffre d’affaires est réalisé à la défense, 16 % à l’aéronautique et 24 % aux technologies de l’information et services.

80 % de l’activité de Thales concerne la sécurité, des territoires, des états, des personnes, du transport aérien, des réseaux Internet, des transactions électroniques.

 

Thales Systèmes Aéroportés : guerre et pêche

L’activité systèmes aéroportés de Thales emploie plus de 1 200 personnes, dont près de 550 ingénieurs et cadres hautement qualifiés. La production : petite série, prototypes, intégration, mobilisent un quart des effectifs. L’essentiel de la matière grise nourrit la recherche-développement. L’activité se répartit à part égale entre trois domaines d’activités. La patrouille maritime, qui implique la conception de radars, systèmes de communication en mer et au sol pour la surveillance de la pêche, la recherche de pollutions, la surveillance des zones maritimes économiques. La guerre électronique navale (n° 1 mondial) : Thales est le premier exportateur mondial en systèmes de guerre électronique. Ici, il fournit les forces de plus de 50 pays en matière de renseignement électromagnétique systèmes d’autoprotection contre les menaces radar et missiles… troisième volet : les activités liées aux avions de combat. Thales est un partenaire de premier plan dans le plupart des programmes européens d’avions de combat de dernière génération (Rafale, Mirage 2000…) Pour le Rafale, le groupe a mis au point le radar RBE2, qui est le premier radar multifonctions à balayage électronique produit en série en Europe.



Thales Underwater system : à la chasse aux mines

Le premier sonar français de chasse aux mines, encore en opération à la fin des années quatre-vingt-dix, avait été conçu à Brest. On le devait à Thales Underwater system, qui emploie 475 personnes aujourd’hui sur le site de Brest. Les spécialités de cette filiale sont la lutte anti-sous-marine aéroportée, la guerre des mines, l’activité mécanique marine, l’électronique de puissance. En s’installant à Brest en 1969, l’entreprise avait l’ambition de se rapprocher du grand centre de guerre anti-mines de la Marine française et de sa base de sous-marins nucléaires, protégée par les chasseurs de mines et leurs sonars. Cette unité cultive une excellence qui est toujours de mise. Thales fournit les systèmes sonar de tous les sous-marins nucléaires des marines nucléaires et françaises. La société a aussi équipé plus de la moitié des bâtiments de chasse aux mines en service actuellement dans le monde ! Si Thales est premier exportateur mondial des systèmes sonars, la France, avec Brest, prend sa part dans cette réussite, avec des autres sites Thales implantés en Grande-Bretagne et en Australie.


Brest-Bretagne prend son envol
Il est déjà le premier aéroport régional par le nombre de passagers (750 000 par an). Un chiffre qui pourrait doubler d’ici à 2015. Un programme de modernisation, qui comprend notamment la construction d’une nouvelle aérogare, va inscrire définitivement Brest-Bretagne dans la famille des aéroports métropolitains.

La qualité de la desserte et des services aériens est capitale lorsque l’on souhaite affirmer une dimension métropolitaine. Dans ce domaine, Brest s’est donné les moyens de son ambition. L’aire urbaine dispose déjà du premier aéroport breton pour le trafic passagers (750 000 voyageurs en 2003 contre… 200 000 en 1980). On a connu essor moins convaincant. En 1998, la CCI de Brest a déjà piloté une première extension de l’aérogare. 1 200 m2 supplémentaires avaient été construits. Mais cela ne suffit plus aujourd’hui.

Les attentats du 11 septembre ont conduit à repenser les procédures de sécurité. L’aéroport brestois doit également s’adapter à la nouvelle typologie des avions (tailles différentes, fréquences plus importantes, davantage de destinations). Il doit enfin répondre à la hausse continue de son trafic. Plusieurs études prospectives, dont celle réalisée par l’Institut du transport aérien, montrent que le trafic devrait atteindre 1,4 million de passagers à l’horizon 2015, soit presque deux fois plus qu’aujourd’hui. D’où la nécessité pour la CCI de Brest de reconfigurer l’aéroport. La nouvelle zone terminale comprendra une aérogare passagers d’une surface de 20 000 m2 qui jouxtera l’aérogare fret, un parking autos de 1 200 places (portant la capacité totale à 3 000 places) et un parking avions de 40 000 m2 (qui viendront s’ajouter aux 10 000 m2 existants). Ces 40 000 m2 nouveaux de parkings avions permettront l’accueil simultané de quatre avions moyens porteurs (type Airbus A320 ou Boeing 737) sur des postes de stationnement raccordables et de quatre petits porteurs de type CRJ 100 et 700. Les travaux sur les parkings avions devraient se poursuivre jusqu’en avril-mai 2004. La CCI de Brest, gestionnaire de l’aéroport, en est le maître d’ouvrage, la direction départementale de l’Equipement (DDE) du Finistère le maître d’œuvre. Parallèlement à ces travaux, les études sur l’aérogare et les infrastructures côté ville (parkings visiteurs, voie d’accès, réseaux d’eau, d’électricité et de gaz) se poursuivent.

Ce nouvel outil, créateur de proximité et d’attractivité, est également créateur d’emplois. Aujourd’hui, la plate-forme aéroportuaire brestoise génère plus de 600 emplois directs et au moins autant d’emplois indirects. Au printemps devraient avoir lieu les appels d’offres concernant la construction de la nouvelle aérogare et des infrastructures. Le démarrage des travaux est envisagé pour l’automne 2004, la fin des travaux pour décembre 2006 avec une mise en service de la nouvelle zone terminale prévue au premier trimestre 2007.

La nouvelle aérogare sera un espace de vie, d’animation et de communication. Il sera possible, par exemple, de voir les avions décoller et atterrir depuis le hall public grâce à une vue panoramique. La question de la sûreté a aussi fait l’objet d’une attention particulière. Cette nouvelle aérogare sera la première en France à être conçue selon les dernières normes internationales de sûreté mises en place depuis le 11 septembre. Le bâtiment, d’une hauteur de 19 mètres, sera construit sur trois niveaux. Il sera équipé de passerelles télescopiques et disposera de bars, commerces, restaurants…

Le montant global du projet est aujourd’hui estimé à environ 43 millions d’euros (hors raccordements routiers), dont 29 millions pour la construction de l’aérogare. Le complément comprend les travaux d’équipements associés à la construction des parkings avions, des voies d’accès, des réseaux divers, des parkings autos, des études et des acquisitions foncières. Le financement est assuré par la Chambre de commerce et d’industrie de Brest (20 %), l’Etat et l’Europe (25 %), le Conseil régional de Bretagne (27,5 %), le Conseil général du Finistère (15 %) et la Communauté urbaine de Brest (12,5 %).

Avec cette nouvelle aérogare, l’aéroport de Brest-Bretagne proposera le meilleur niveau de confort pour tous les utilisateurs. Il apportera à Brest l’une des composantes essentielles de sa fonction de métropole de la Bretagne occidentale.
Olivier Boyer

 

Communauté urbaine

Trois décennies de solidarité
La Communauté urbaine de Brest aura trente ans en 2004. Progressivement, l’intercommunalité a gagné du terrain. Jusqu’au Pays de Brest.

Les Finistériens sont doués pour l’intercommunalité. Brest et sept communes voisines la vivent depuis 1974 au sein de la communauté urbaine de Brest. Cette dernière était l’une des premières créées en France. La Cub, c’est 214 000 habitants, entre Brest, Bohars, Gouesnou, Guilers, Guipavas, Plougastel-Daoulas, Plouzané et le Relecq-Kerhuon. Elle enregistre une hausse démographique de 4 % par rapport au dernier recensement. Avec 150 000 habitants, Brest représente 70 % de la population totale. Bohars est la plus petite des communes (3 250 habitants : +6,6 % depuis 1990), Guipavas et Plougastel les plus grandes (12 862 et 12 471). Et c’est Gouesnou qui a enregistré le plus forte augmentation de population de 1990 à ce jour (6 200 habitants, + 13 %). C’est ici aussi que le potentiel fiscal est le plus élevé. 75 % de la taxe professionnelle est récolté sur Brest.

Ici comme ailleurs, l’intercommunalité est justifiée par un triple objectif : la mise en commun de services, la cohérence, la solidarité de territoire. Cette solidarité est logique. Brest, qui a l’ambition d’affirmer sa place de métropole régionale, est un grand pourvoyeur d’emplois. La ville concentre la majorité des emplois tertiaires, accueille 23 276 étudiants, des milliers de chercheurs, un site DCN (3 200 emplois) un centre hospitalier universitaire, des grands groupes comme Meunier, Thalès… Brest s’enrhume et c’est tout son territoire qui tousse. Brest gagne de l’emploi, et ce dernier respire. D’un autre côté, l’arrière-pays (quelle vilaine formule) alimente aussi ce réservoir de bras et de matière grise. Brest en a besoin. Un tissu rural étiolé ne ferait pas son affaire. Les artisans du projet d’agglomération de Brest le disaient en ces termes : " ce qui est vrai pour le pays est vrai pour la communauté urbaine de Brest ".

La ville grandit en s’étalant
Dans le fond, la dimension de communauté urbaine, et même, de pays, relève de l’évidence. Le développement de l’agglomération est centrifuge, la ville grandit en s’étalant. Sur la dernière décennie, la croissance démographique a été plus rapide en périphérie. La croissance de celle-ci est alimentée par des " transfuges " du milieu urbain. Chaque année (source : projet d’agglomération de Brest), 850 familles quittent Brest pour se réinstaller dans les couronnes : 350 dans la première (Cub), 500 hors Cub, où le terrain est moins cher. La tendance est celle d’une interdépendance croissante des milieux urbains et ruraux du pays de Brest. Les ménages brestois devenus campagnards au nom d’un choix lié au mode d’habitat n’en profitent pas moins des avantages culturels, économiques liés à la proximité de Brest, agglomération où ils travaillent la plupart du temps. Difficile de concevoir comment les dossiers de l’eau, des déchets, des transports, pourraient être analysés, décidés, au niveau d’une seule commune, ou de Brest seul. Ce n’est pas pour rien que le pays de Brest est lui aussi sur les rails depuis 2001. Il faut voir dans la signature conjointe en 2003, du contrat d’agglomération (stratégie à quinze ans) et du contrat de pays, la volonté d’une intercommunalité élargie au bassin d’emploi et de vie.

Une stratégie de développement
Quoi qu’il en soit, l’heure n’est ni à la modification du territoire de la Cub, ni à la suppression des communes. Les populations sont attachées à leur identité, comme à leurs édiles, même si deux visions peuvent parfois s’entrechoquer : celle des communes soucieuses de gérer leurs biens en " bon père de famille " et celle d’une communauté pour laquelle le développement durable implique une vision et des ambitions d’investissement à plus long terme. Entre les deux, il y a une notion médiane, celle de la bonne gestion, traditionnellement au cœur de la bataille politique. La prochaine aura lieu en 2006 : il s’agit des municipales. Quelle qu’en soit l’issue, on peut constater que pendant les trois décennies écoulées, la communauté urbaine a joui d’une sérénité relative, d’un climat plutôt consensuel qui a favorisé sa maturation, en dépit de la diversité des étiquettes politiques. En trente années, la Cub est passée de la gestion collective de services à l’élaboration d’une stratégie de développement global à long terme. Cet angle, forcément plus politique, renforcera-t-il les crispations ?
Monique Férec

 

Qui fait quoi ?

La Cub au service d’un territoire

La Cub compte 1 250 agents permanents (beaucoup plus si on compte les emplois saisonniers et temporaires). Compétences principales : la création de Zones d’aménagement concerté, la politique foncière, les schémas directeurs et documents d’urbanisme (Le Plan local d’urbanisme, piloté par la Cub est actuellement à l’étude), les services d’incendie et de secours, les transports urbains (un projet de tramway est sur les rails), l’eau et l’assainissement, la collecte et le traitement des ordures ménagères, le logement et organisme HLM, l’éclairage public des grands axes, le stationnement…

Plusieurs grands équipements ont été transférés à la Cub au nom de l’intérêt communautaire. Ainsi, leur coût ne repose pas sur les seules épaules des Brestois, mais sur la Cub. Ils peuvent être gérés par la Sopab, société d’économie mixte délégataire. C’est le cas d’Océanopolis, du Quartz, du port de plaisance, du parc de Penfeld, des zones d’activités, des pépinières, du Technopôle, de la patinoire, des piscines.

Le futur centre des musiques actuelles, l’Ecole nationale de musique et le Simurel, les offices du tourisme, le musée des Beaux-arts, la mission locale, relèvent aussi de la Cub.

Les communes championnes de la proximité
Les communes assurent la relation de premier rang avec la population, dans les services de la vie quotidienne, la solidarité, le cadre de vie, la sécurité (*), le cadre de vie, l’action socioculturelle et sportive.

Entre Brest et la Communauté urbaine, les liens sont très étroits. Les deux collectivités rassemblent 3 000 personnes, les services de la Ville de Brest en comptant 1 700 personnes. Par rapport à ses consœurs nationales, la Cub est marquée par le poids très fort de la ville centre (71 % de la population). Les mêmes élus président à leurs destinées respectives. Les services de l’une et de l’autre se sont rapprochés au fil des ans, et, depuis 2001, une direction générale unique pilote les deux collectivités. En 1989, le maire de Brest devient président de la Cub. En 1993, la Cub est compétente en matière de développement économique, alors qu’une réflexion était engagée sur l’interdépendance entre les différents territoires de ce qui n’était pas encore le pays de Brest. Entre 1996 et 2001 ; plusieurs services sont unifiés : communication, services ressources humaines (1999), régie bâtiment, finances. En 2004, d’autres services seront mis en commun à la Ville et à la Cub : patrimoine logistique, administration, services intérieurs…

Cette démarche d’unification des services ne concerne que la ville de Brest.

" La recherche constante du dialogue "

Henri Pailler, maire de Guipavas

Pour Henri Pailler, 66 ans, maire de Guipavas, qui se définit volontiers comme un homme pragmatique et un élu un peu atypique, " la solidarité est nécessaire ". Et en ce qui le concerne, elle est aussi mise en œuvre avec bonne volonté.

" Le choix de regroupement qui s’est fait il y a trente ans, (sous la houlette de Georges Lombard), s’imposait. Cela permettait de mieux répondre aux besoins des habitants tout en faisant des économies d’échelle. En regroupant des services, les communes sont parvenues à offrir un même niveau de prestation. Ceci dit, on ne peut pas tout transférer. Il faut laisser aux communes ce qui peut être bien fait à leur niveau, comme l’entretien des espaces verts de proximité, le fleurissement… Les économies d’échelle ne sont pas les seuls critères à prendre en compte. La réactivité et la productivité en sont d’autres. Qui, sinon la commune, connaît bien sa population, son territoire. L’intercommunalité ne doit pas induire la déresponsabilisation des communes. Elle doit au contraire mieux décentraliser vers ces dernières, qui sont des réservoirs d’un vrai savoir-faire. La Cub gagnerait à s’appuyer davantage sur elles ".

Henri Pailler ajoute : " C’est la seule communauté de France où le poids de la ville centre est si important. Mais ses artisans ont su éviter le déséquilibre à travers le dialogue et la recherche constante du consensus, de l’équilibre et de la solidarité. Tant que les acteurs de la Cub resteront persuadés que la force de l’intercommunalité est dans ces valeurs, les choses avanceront. On ne peut tout faire avancer avec la force politique. L’intercommunalité, c’est se fondre dans un esprit. C’est difficile ! Il faut éviter la jalousie, avoir un esprit d’ouverture communautaire. " Henri Pailler invite enfin la Cub à poursuivre son mouvement de rationalisation des moyens et des services, qui est en cours. " Il faut veiller à ne pas compliquer les choses et perdre trop d’énergie. La structure ne doit pas être trop administrative, c’est antinomique d’une communauté urbaine de projet, qui qualifie la Cub aujourd’hui. "
M. F.



" L’habitude de travailler ensemble "

Jean Mobian, maire de Guilers

Jean Mobian est maire de Guilers (7 500 habitants) et conseiller général. Il ne siège pas au conseil communautaire, mais y siégeait lors du précédent mandat. " Il n’est pas pensable de tout transférer à la Cub. Tout ce qui pouvait présenter un intérêt communautaire a été transféré. Il faut maintenant digérer tout cela. Les domaines qui restent dévolus aux communes laissent de la marge. Il s’agit de l’enfance, des écoles, de la vie associative, de l’action sociale, la politique culturelle, sportive. Ce sont des questions importantes. La vie associative, c’est plus que de la convivialité, c’est le lien social. La commune, c’est l’apprentissage de la citoyenneté, en même temps qu’un lieu auquel les gens peuvent s’identifier. La Cub existe, et c’est nécessaire. L’action communale est complémentaire. Il y a un petit jeu qui consiste à dire : les choses vont bien, c’est la commune, quand quelque chose cloche, c’est la Cub ! Mais dans le fond, ce n’est pas très grave. "

Jean Mobian insiste sur la communication. " Il est important que l’information circule bien dans les deux sens communes-Cub et vice versa. Entre la Ville de Brest et les services de la Cub, les liens sont étroits : de nombreux services ont fusionné, et le voisinage des sièges respectifs, tous deux au centre-ville, favorise les échanges. Je tiens à ce que les questions de la Cub soient abordées le plus souvent possible dans les communes, dans les conseils municipaux. " Ce maire suggère maintenant qu’à l’intérieur du territoire de la Cub, " les communes discutent davantage entre elles, qu’elles examinent comment elles peuvent travailler en réseau, et de manière plus complémentaire. "

Et c’est le conseiller général qui conclut : " L’intercommunalité est solide dans le Finistère. Les gens ont l’habitude de travailler ensemble. Il ne faut pas opposer la ville aux communes, ni les ruraux aux urbains. "
M. F

 


Têtes chercheuses

Brest, pôle d’excellence scientifique et technique. En matière de formation de pointe, comme dans le compétitif monde de la recherche océanographique, la cité du Ponant fait désormais figure, au niveaux national et international, d’acteur incontournable. Une position acquise au fil du temps, et qui n’a sans doute pas fini de se conforter.

Côté recherche, la ville a su miser sur ses atouts naturels, en développan un système de pointe en matière d’océanographie. De l’Ifremer au laboratoire de l’école navale, l’Epshom, ou l’IUEM, les plus grandes pointures scientifiques ont élu leurs quartiers à la pointe finistérienne, tissant de fait une parfaite toile de compétences que beaucoup jalousent aujourd’hui.

A cela s’ajoutent nombre d’établissements de formation supérieure qui attirent chaque année les élites de demain, en matière de sciences et de technologies. Parmi eux, l’ENSTB, l’Enib ou encore l’Ensieta font figure de références incontestées. Sans compter les multiples filières de l’Université de Bretagne occidentale qui, elles aussi, ont su se créer une place de choix dans le paysage de la formation et de la recherche.



Renommée internationale océanographique

"Cette excellence est évidemment notre fer de lance. Mais il ne faut pas oublier que tout cela est le fruit d’une vieille histoire, construite sur près de 20 ans. Et aujourd’hui, oui, on peut dire que nous sommes dans une véritable logique d’excellence en sciences de la mer ", synthétise Jean-Claude Bodéré, le président de l’Université de Bretagne occidentale.

L’homme a participé à l’aventure, depuis ses prémices. Paul Tréguer, directeur de l’Institut universitaire européen de la mer (IUEM) aussi : " Depuis 1975, l’UBO disposait d’un réseau de scientifiques, mais sans aucune visibilité extérieure. A partir de 1991, l’idée de l’IUEM s’est montée sur la volonté de donner justement une lisibilité, à l’échelle nationale et internationale. "

Excellence tous azimuts
Créé en 1997, l’établissement, émanation de l’UBO, regroupe aujourd’hui 150 chercheurs (dont 50 du CNRS) ou enseignants chercheurs, 330 étudiants, et accueille régulièrement des scientifiques venus du monde entier. Triple mission de l’ensemble : l’enseignement (interne, mais aussi au sein de l’UBO), la recherche en sciences marines et l’observation du milieu marin. Récemment doté d’un outil unique en matière de documentation scientifique marine, la bibliothèque La Pérouse, l’IUEM entretient soigneusement ses atouts. " L’attractivité de l’IUEM se vérifie par le simple fait que nous collaborons aujourd’hui à près de 200 programmes de recherche internationaux, et que nous participons de plus en plus à la structuration de la recherche européenne, à travers notamment quatre gros programmes de recherche en sciences de la mer ", évoque Paul Tréguer.

Des recherches tous azimuts, qui voient les chercheurs collaborer principalement avec l’Amérique, l’Allemagne et l’Angleterre. De quoi attirer les étudiants de tous horizons à la pointe finistérienne : 15 à 19 % des effectifs annuels sont ainsi composés d’étrangers. " Et une fois formés, nos étudiants partent aussi bien travailler en Europe, qu’en Chine, ou en Amérique. " Pour autant, l’IUEM cultive aussi les atouts locaux, en travaillant avec de nombreux acteurs du secteur. Epshom, Ecole navale, Institut polaire… : les occasions de synergie ne manquent pas, et sont même la clé de la réussite internationale brestoise.

Du local à l’international
Autre partenaire d’évidence : l’Ifremer. Apparu sur les hauteurs du technopôle à la fin des années 60, et rallié sous l’appellation actuelle en 1984, le site brestois, qui chapeaute l’ensemble des stations maritimes bretonnes de sa maison mère (depuis Saint-Malo jusqu’à Lorient en passant par Roscoff), relie de fait la moitié des effectifs nationaux de l’institut public ! En sus de ses propres troupes, l’entité accueille également sur son énorme campus les antennes de nombreux autres établissements scientifiques (Institut Paul-Emile Victor, IRD, AFSSA, etc.).

Seul établissement de l’Ifremer national à afficher une vocation uniquement maritime, il a pour mission la recherche océanographique, l’expertise et le conseil, ainsi que l’aide au développement économique du monde maritime. Une pluridisciplinarité qui conduit les chercheurs brestois à travailler en permanence à l’échelle de la planète, dans un domaine qui compte chaque jour un peu plus.

Découverte de molécules enfouies au fond des mers qui serviront à élaborer de nouveaux médicaments, étude des mécanismes marins interférant sur l’évolution du climat, élaboration de technologies capables de puiser du pétrole à 3 000 mètres de fond : tout ce qui touche à la mer a à voir avec l’Ifremer. Et inversement.

Présents sur tous les fronts de la recherche océanographique mondiale, les chercheurs brestois contribuent de façon non négligeable à l’avancée des connaissances. Une renommée incontestée et incontestable qui, logiquement, rejaillit sur Brest : " L’attractivité locale repose sur les moyens dont disposent les équipes, et sur leur intégration dans les programmes internationaux ", assure Gérard Riou. A l’IUEM, le son de cloche n’est pas différent : " Certes, les retombées locales en matière d’emplois directs peuvent ne pas sembler énormes. Mais le calcul doit être plus ambitieux. Si Brest n’avait pas fait ce choix de l’excellence, les gens seraient partis voir ailleurs… Et cet investissement apporte aujourd’hui une renommée nationale et internationale à la région ".
Elisabeth Jard



Enib

La réalité virtuelle débarque au technopôle

D’ici au printemps, un outil unique en France viendra compléter l’infrastructure de l’Enib* sur le site du technopôle : le centre européen de réalité virtuelle. Dans le cadre du contrat de plan Etat-Région, ce centre permettra aux chercheurs de l’Enib mais aussi de l’UBO ainsi qu’aux étudiants de dernière année, d’y poursuivre leurs travaux de recherche et développement. Objectif ? " Rendre autonomes les modèles numériques. Il peut s’agir de créer des pompiers virtuels qui vont tester les pratiques du réel dans un site Seveso. Ou de modéliser le mécanisme de coagulation du sang, pour parvenir à minimiser les erreurs actuelles de dosage des médicaments ", explique Jacques Tissot, responsable du projet à l’Enib. D’ores et déjà, ces recherches ont conduit certains des étudiants à monter leur propre entreprise dans la pépinière de l’école, et à travailler avec des sociétés de la région.

Le nouvel équipement laissera également un peu plus d’espace aux quelque 860 étudiants issus de toute la France et venus se former à l’informatique appliquée à l’industriel. Chaque année, 170 d’entre eux décrochent un diplôme, passeport vers le monde des grandes entreprises, françaises ou étrangères.

*Ecole nationale d’ingénieurs de Brest, antenne spécialisée en informatique du groupe national des ENI.

 

UBO

Petite bretonne devenue grande

La petite université du bout du monde n’en est plus à l’heure des complexes. Forte de plus de 16 000 étudiants, l’UBO développe également une mission d’excellence, qui s’appuie logiquement sur les compétences locales de la recherche. Outre sa mission généraliste et pluridisciplinaire, l’UBO s’est progressivement spécialisée en de nombreux domaines, lui apportent toujours plus de renommée. En sus de ses participations dans le domaine des sciences de la mer, l’établissement tire son épingle du jeu dans la recherche médicale (2 équipes Inserm), ou encore dans celui de l’électronique et des systèmes de communication, en lien avec les écoles d’ingénieurs et des laboratoires.

 

Ensieta

Une jeunesse bicentenaire !

C’est sans doute la doyenne. Créée à Brest en 1812, l’école des arsenaux de la marine a bien changé… Depuis 1990, elle a même ouvert ses portes aux civils, qui représentent désormais les 2/3 de ses effectifs. Des troupes qui d’ailleurs, sur la même période, ont tout simplement doublé. Bref, l’Ensieta a su tirer son épingle du jeu de la restructuration et entend bien poursuivre sur la même lancée. D’ici un an, de nouveaux locaux d’enseignement viendront désengorger les infrastructures actuelles, tandis que, dans le cadre des budgets alloués à la restructuration de la Défense, un nouveau centre de recherche sortira de terre. A terme, il permettra de doubler la capacité des laboratoires de recherche de l’Ensieta, en accueillant 60 nouveaux chercheurs issus du monde entier. La maîtrise d’ouvrage de l’ensemble a été déléguée à la Semaeb, pour un projet financé à 80 % sur les fonds de l’école publique, le reste étant pris en charge dans le cadre des fonds réservés à la restructuration de la Défense.

Dans leur grande majorité, les ingénieurs de l’Ensieta sont appelés à travailler pour de grands groupes internationaux. " Nous amenons des gens à Brest, puis ils repartent diffuser une image des plus positives de la ville dans le monde entier ! Nous avons deux siècles, mais cette école est en fait toute neuve dans son dynamisme et son ouverture ", assure Philippe Le Glas, le directeur de la " vieille dame "…

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