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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Le Plateau des Capucins

Par le petit bout de la lorgnette
Les 5 et 6 juin derniers, le temps s’est suspendu pour les quelque 10 000 visiteurs du Plateau des Capucins, à Brest. Pour la première fois depuis deux siècles, cette enceinte industrielle et militaire a ouvert ses portes au public, en prologue à sa cession programmée à la collectivité. Une parenthèse de quelques poignées d’heures, avant que le jardin secret ne se referme pour une dizaine d’années, au moins.

Il y avait là Jean, Marcel, Pierrot et les autres. Fidèles au poste, dix, vingt ou trente ans après avoir fait leurs adieux à cet arsenal qui les a vus suer, vieillir, puis partir en pensant ne plus jamais revenir. Samedi dernier, ils étaient les premiers à pointer, comme dans le temps. À la différence près que pour cette fois, ils avaient troqué le bleu contre leurs habits du dimanche, et invité la famille pour une visite guidée aux contours de leur mémoire.

Ils n’étaient pas les seuls. Durant tout le week-end, le public s’est succédé sur le site, à flux modéré mais constant. Jeunes, vieux, anciens de l’arsenal ou simples curieux : près de 10 000 personnes sont venues rencontrer ce passé qui, jusqu’alors, leur avait échappé. Et beaucoup en sont restés sans voix. Bien sûr, chacun savait avant de franchir la haute porte du Carpon que l’histoire attendait au tournant. Certains avaient simplement oublié que cette histoire avait aussi des histoires, une géographie, et tout un peuple ouvrier qui l’avait construite. D’un coup, le temps d’une promenade au soleil, c’est tout cela qui s’est offert à des milliers de regards.

Un puzzle de souvenirs
Certes, sur les 12 hectares que compte le Plateau, une infime partie seulement était pour l’occasion ouverte au public. De quoi cependant ouvrir les appétits. Premier choc, dès l’entrée, à droite toute. Le long de la haute façade des ateliers, la vue s’offre, inouïe, sur une Penfeld que l’on ne s’attendait pas à voir si belle. Les appareils photos y usent leurs premières batteries, tandis que les idées fusent : " Pourquoi vouloir construire un cinéma en centre-ville alors qu’on a cet espace immense disponible ? ", s’interroge Philippe, Brestois exilé à Paris mais qui, avec ses parents, a tenu à être de l’événement.

À quelques pas de là, les portes grandes ouvertes de l’atelier chaudronnerie offrent un autre spectacle. Sous les hautes nefs, les machines ont coupé les moteurs, le silence est assourdissant. Le pas hésitant, l’œil humide, Jean, 83 ans, pose ses pas sur les traces de sa vie. " ça a tellement changé… ", souffle-t-il… Autour, couples et familles découvrent ou redécouvrent ces murs qui ont abrité, et abritent encore pour quelques mois, l’outil industriel brestois. " À l’époque, on était 4 ou 500 ! Dans le journal, j’ai vu qu’il n’y avait plus que 50 personnes… ", commente un autre Jean, ancien de l’atelier des forges. À ses côtés, son épouse tente de reconstituer le puzzle des souvenirs racontés tant d’années auparavant.

La balade se poursuit, des nefs aux quais. Les impressions divergent. Certains sont venus là pour imaginer de quoi sera fait demain : " C’est super, on pourrait mettre plein de magasins pour aller se promener quand il pleut ", rêve un petit Paul… D’autres construisent des jardins, des salles de spectacles, quand d’autres encore se demandent " ce qu’ils vont bien pouvoir faire avec tout ça. Quelque chose de bien, peut-être… ".

" Une pensée profonde pour ceux qui y ont laissé leur santé "
Mais tous n’ont pas l’humeur vagabonde. À l’entrée du site, les délégués de la CGT manifestent leur colère. Parmi eux, certains travaillent encore sur place, comme Luc : " Cette journée n’aurait pas dû avoir lieu dans ces conditions. On avait demandé des portes ouvertes en 96, quand l’outil fonctionnait à plein. Là, on montre une ruine industrielle… ", dénonce-t-il, amer. Francis, retraité a repris le flambeau, avec " une pensée profonde pour tous ceux qui y ont laissé leur santé, avec l’amiante ".

Les représentants de DCN, de la Marine et de la collectivité écoutent calmement le ressenti des Brestois. Répondent point par point, recentrent le débat et pondèrent les espoirs. " À la différence de Lorient, où la Marine n’est plus présente, nous assistons ici à un recentrage des activités. Ce lieu devient vacant parce qu’il y a un transfert d’activités ", insiste François Cuillandre, le président de la CUB. Annick Cléac’h, la vice-présidente de la CUB, rappelle quant à elle que le processus de concertation sur l’avenir du site a démarré, et qu’il donnera lieu, en novembre prochain à des réunions publiques.

Après s’être suspendu le temps d’un week-end, le temps a repris son cours. Pas tout à fait le même qu’avant. Désormais, les Brestois savent ce qui se cache au plus profond de leur ville. Et, si tel n’était pas le cas auparavant, ils sont bien décidés à mettre leur grain de sel dans le grand mécano qui pourrait bien changer la face de Brest dans les dix prochaines années.
Elisabeth Jard

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