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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Bruno Fabien

La passion des deuches

 

Il roule à bord d’une Dyane, passe ses temps libres à réparer ses deuches, dévore les magazines sur les 2CV... Bref, Bruno Fabien vit sa passion à 100 %.

 

Sur le réfrigérateur, deux dessins multicolores de 2CV ont été accrochés. Tous les détails ou presque y sont. « Ils ont été réalisés par mes filles, Élody et Mélissandre. Elles commencent à être aussi passionnées que moi. Le matin, si je ne les emmène pas à l’école en 2CV, elles râlent toute la journée », s’amuse Bruno Fabien, le président du Club des deuches du bout du monde. Dans la maison, la 2CV est omniprésente : photographies en noir et blanc et en couleurs, magazines, livres historiques, romans, ouvrages techniques, DVD, miniatures… Un puzzle à son effigie est même épinglé au mur du salon. Dehors, les 2CV envahissent aussi le petit jardin et le garage attenant. Pas de doute, Bruno Fabien est un fan, un vrai. « Mes grands-parents ont toujours eu des 2CV, des Dyane et des Ami. Mes parents aussi. Mon oncle travaillait chez Citroën. Ces voitures faisaient donc partie de mon quotidien comme de celui de beaucoup d’autres enfants de l’époque », explique-t-il.

 

L’âge d’or de la 2CV date en effet des années 60 et 70. « Ses débuts ont, en revanche, été assez difficiles, commente Bruno Fabien. En fait, le premier modèle a été créé juste avant la Seconde Guerre mondiale. » À l’époque, les frères Michelin qui avaient racheté Citroën voulaient construire une voiture bon marché pour les paysans et les classes sociales à faible revenu. Le cahier des charges stipulait qu’elle devait transporter quatre personnes et 50 kg de pommes de terre à 60 km/h en ne consommant que 3 litres aux 100 km ! Elle devait aussi avoir une excellente suspension afin de pouvoir « traverser un champ labouré avec un panier d’œufs sans en casser un seul ». Lorsque la guerre éclate, les premiers modèles assemblés sont tous démontés sauf quatre… qui sont cachés dans les greniers d’un centre d’essai de la Ferté-Vidame et dans les sous-sols du bureau d’études de Citroën à Paris.

 

La grande vadrouille

Les nazis, qui étaient au courant de l’étude de cette « très petite voiture », demandent à Pierre Boulanger de leur mettre à disposition les plans en échange de la divulgation des plans d’Hitler concernant la future Volkswagen. Le patron de Citroën refuse. Au lendemain de la guerre, la production de la 2CV type A est lancée. La demande est si importante que les premiers clients doivent attendre trois à cinq ans la livraison de leur voiture. La carrière du « vilain petit canard » commence. Elle s’achèvera en 1988 en France et 1990 au Portugal. Près de 7 millions de 2CV ont été vendues à travers la planète. « Tout le monde ou presque l’a adoptée : les curés, les paysans, les ouvriers, les médecins, les jeunes, les vieux… Elle plaisait car elle était économique (5 litres au 100), pas chère et surtout elle passait partout », souligne Bruno Fabien. La Poste, EDF… ont aussi roulé à bord de celle qui fut longtemps comparée à une boîte de sardine.

 

« La 2CV est une véritable star : on la voit dans Le corniaud, Les gendarmes de Saint-Tropez, La grande vadrouille. James Bond la conduit aussi dans Rien que pour vos yeux avec Carole Bouquet », énumère Bruno Fabien en feuilletant un livre d’histoire consacrée à la vénérable « titine ». Les pages suivantes évoquent les aventures de la 2CV, et en particulier le tour du monde entrepris par Jean-Claude Baudot et Jacques Séguéla. Les deux hommes ont effectué entre le 9 octobre 1958 et le 12 novembre 59 plus de 100 000 km et 2 247 heures au volant. Beaucoup d’autres ont tenté l’aventure par la suite. « Je rêverais aussi de traverser un continent à bord d’une 2CV avec ma petite famille. Ce doit être un voyage extraordinaire car c’est vraiment un véhicule hors du temps, hors du commun. Il permet de belles rencontres. Ce n’est pas exagéré de dire que la 2CV est un art de vivre », estime le Crozonnais.

 

Tour du Finistère

En attendant, il sillonne le Finistère à bord de ses diverses Citroën. Pour le moment, il possède une 2 CV de 1955, une 2CV Azam de 1964 (l’année de sa naissance), une Ami 8 de 1969, une Dyane de 1978 « et quelques épaves qui me permettent de retaper celles qui roulent ». D’ici quelques semaines, il espère bien compléter sa collection avec une 2CV fourgonnette. « Je négocie en ce moment. Cela devient de plus en plus difficile d’acheter des 2CV à des prix raisonnables. Certains propriétaires spéculent, veulent 6 ou 8 000 euros pour leur voiture alors que la cote officielle l’estime à 2 000 euros. » Plus tard, il espère acquérir un HY, ce fourgon aux allures de bulldozer. Si d’autres occasions se présentent, il saura les saisir. « Je ne suis pas le plus fêlé. Un des adhérents du club en a 16 ! », s’amuse-t-il.

 

Ils sont une petite trentaine à partager cette passion au sein du Club des deuches du bout du monde, créé en septembre 2004. Les 2e dimanches de chaque mois, ils se rassemblent avec femmes et enfants pour des virées de 300 km à travers le Finistère. Les deux autres clubs du département, Plougourvest et Quimper, sont souvent du voyage. « Ca ressemble un peu à la caravane du Tour de France et croyez-moi, on a presque autant de succès. La 2CV a un énorme capital de sympathie. Les papys viennent à notre rencontre pour nous parler de leur Dyane, les gamins nous applaudissent… » Ses deux filles et sa femme, qui est par ailleurs trésorière du club, répondent toujours présentes. Elles participent aussi aux rencontres nationales des 2CV, « plus de 2 000 voitures réunies, 200 clubs, des bourses d’échanges, des expositions… C’est toujours génial. Cette année, c’est à Salbris, en Sologne », indique-t-il avec enthousiasme.

 

L’an prochain, les clubs de Crozon et Plougourvest envisagent d’organiser le Tour du Finistère des deuches. « Ca existe bien pour les vélos, les bateaux… Pourquoi pas nous ? » Les Crozonnais espèrent aussi disposer d’un local en propre. Pour l’instant, ils se retrouvent dans un hangar prêté gracieusement à Argol. Là-bas, ils mettent régulièrement les mains dans le cambouis pour changer une aile, un embrayage, un moteur… ou tout à la fois. « Si on a des moyens limités, on est obligés de se mettre au bricolage. » Cela ne pose pas de problèmes à Bruno Fabien qui a une formation de mécanique-entretien des machines outils. Il a commencé sa carrière dans une entreprise de ventilation-climatisation avant de devenir soudeur sur machines agricoles puis chauffeur dans une société de messagerie. Aujourd’hui, il travaille en tant qu’intérimaire dans le secteur de la ventilation, tuyauterie. « Comme cela, je dispose de mon temps comme je l’entends. Le temps, c’est précieux. » Surtout lorsqu’on a une passion aussi envahissante.

Adèle Morlet

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