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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Une femme de conviction

 

Françoise Louarn est une femme occupée. Très occupée. Chaque jour ou presque, elle enchaîne les rendez-vous en coiffant tour à tour la casquette d’élue de la Chambre d’agriculture, de conseillère régionale, de suppléante du député Christian Ménard… ou les trois à la fois. Difficile dans ces conditions de conduire seule son exploitation de Kernevez, à Argol. « C’est pour cela que j’ai passé la main à ma fille et à mon gendre depuis six mois. Mais je participe toujours à la conduite de l’élevage. D’ici quelques années, je prendrai vraiment ma retraite », explique-t-elle avec un peu de regret. Françoise Louarn a pris le relais de ses parents en 1987, à 36 ans. Auparavant, elle travaillait en tant qu’ingénieur agronome dans un service régional du ministère de l’Agriculture. Et puis ses parents ont pris leur retraite. Aucune de ses trois sœurs ne souhaitait prendre la suite. Elle a donc quitté un poste confortable et bien rémunéré… pour des journées à rallonge et des fins de mois parfois difficiles.

« Je n’ai jamais regretté ce choix, j’aime la terre. Je savais que tôt ou tard, j’y reviendrai. Je m’y suis complètement épanouie. » Les premières années sont pourtant éprouvantes, « il a fallu retrousser les manches pour mettre la ferme aux normes. J’ai fait comme les autres agriculteurs à cette époque. Ni plus, ni moins. » Les voisins regardent avec un peu d’amusement ce petit bout de femme entouré de ses quatre enfants et d’un mari non agriculteur. « Le premier hiver s’est passé, puis le second… Et j’étais toujours là », s’amuse-t-elle. Pour rendre la ferme viable, elle porte le quota de 100 000 l à 200 000 l de lait et revoit complètement l’organisation de l’exploitation familiale : tout est rationalisé. « Un bon agriculteur est avant tout un bon chef d’entreprise. Il faut absolument être pro, surtout à l’heure actuelle. »

 

Mondialisation

Le contexte n’a en effet jamais été aussi défavorable aux paysans bretons, fortement concurrencés par les produits venus des pays du Sud, de l’Est, d’Amérique. Les poulets brésiliens, le bœuf argentin, les légumes polonais… envahissent les étals des grandes surfaces et des magasins discount. « Comment voulez-vous rivaliser avec les prix pratiqués par ces pays. C’est tout bonnement impossible d’autant qu’on nous impose en France des normes sanitaires très exigeantes… Ces pays-là n’ont pas toutes ces contraintes. » L’agriculture conventionnelle est inquiétée mais aussi l’agriculture biologique. La France impose en effet un cahier des charges bien plus contraignant que celui rédigé au niveau européen. Ce qui handicape les agriculteurs biologiques français et ouvre largement la porte aux produits de nos voisins italiens, allemands, espagnols…

Face à cette mondialisation du secteur agricole, Françoise Louarn avance quelques solutions. « Tout d’abord, un jeune agriculteur doit construire un vrai projet de vie. Ensuite, il faut être le plus pro possible. Je me répète mais je pense que c’est la clé de la réussite. » Cela passe par une excellente gestion technique et économique de l’exploitation. Notamment par la mutualisation des moyens entre plusieurs exploitants. « La nouvelle Loi d’orientation facilite cela. Les Cuma vont aussi dans le sens d’une mise en commun des outils de travail. Ce qui génère des économies de temps et d’argent. » Françoise Louarn souligne le rôle fondamental de la formation continue « or seulement 12 % des agriculteurs finistériens y participent. C’est bien trop peu. » Il existe pourtant de nombreuses instances qui dispensent conseils et stages. À commencer par la Chambre d’agriculture. Les groupements de vulgarisation agricole (GVA) dans lesquelles Françoise Louarn s’est beaucoup impliquée, remplissent aussi cette fonction. « Aller voir les pratiques du voisin ou bien celles du paysan malgache est très instructeur. Il ne faut surtout pas rester dans son coin. »

Malgré tout, Françoise Louarn avoue qu’elle « a peur pour l’agriculture bretonne. Le nombre d’exploitations diminue de façon dramatique. » Alors, elle planche sur les voies de diversification possible comme les biocarburants, la filière bois-énergie, le biogaz… Ces solutions constituent des niches porteuses au même titre que l’agriculture biologique, les labels, les ventes directes à la ferme… « L’agriculture doit se développer dans différentes directions. Il faut ouvrir un maximum de portes. » Françoise Louarn travaille beaucoup sur ces questions avec Christian Ménard, le député UMP du Centre Finistère. « J’ai accepté de devenir sa suppléante car je pensais ainsi pouvoir faire passer mes idées au niveau national, au ministère de l’Agriculture. C’est effectivement le cas. Je pense que nous avons pesé dans la dernière Loi agricole et notamment sur l’augmentation de la part des biocarburants dans l’essence. »

 

Éduquer au goût

Au Conseil régional, Françoise Louarn a rejoint la commission environnement. Au menu des débats : l’énergie, Natura 2000, l’agriculture, le patrimoine naturel… Les OGM viennent aussi de temps à autre alimenter les discussions. L’élue finistérienne préfère rester prudente sur ce sujet éminemment sensible : « Quand, ils permettent de guérir une maladie, les OGM sont une bonne chose. En revanche, les semences génétiquement modifiées sont stériles, les paysans deviennent donc totalement dépendants des semenciers, en l’occurrence des Américains. ça, c’est très dangereux. » Elle revendique toutefois le droit à l’expérimentation, «or en France, ce n’est plus possible à cause de José Bové et de ses amis », s’énerve-t-elle.

Un autre sujet agace Françoise Louarn : le fossé entre le discours et le comportement des consommateurs. Toutes les enquêtes d’opinion soulignent les exigences du public à l’égard de l’agriculture qui doit être extrêmement respectueuse de l’environnement, scrupuleuse quant aux normes sanitaires, inventive… De multiples sondages indiquent aussi la bonne image de l’agriculture biologique et le soutien affiché aux producteurs locaux. « Or dans les faits, le consommateur achètera le poulet le moins cher du rayon, peu importe qu’il vienne de Thaïlande, du Gers ou du Chili… C’est navrant et désespérant. » L’élue est d’autant plus révoltée qu’elle se sent démunie face à ces comportements. Comment sensibiliser l’acheteur, comment impulser un « achat citoyen » ? « C’est difficile de répondre. Sans doute faut-il commencer par travailler avec les plus jeunes : leur servir des produits locaux de bonne qualité et non de la bouffe aseptisée venant d’on ne sait où. »

Éduquer le goût, informer sur l’origine des produits, communiquer sur le travail des agriculteurs… Autant de champs qu’il faut encore défricher. Françoise Louarn ne désespère pas. « Je suis par nature optimiste. Il le faut dans ce métier. » Elle s’est efforcée de transmettre cette nature positive à ses quatre enfants. Dans quelques années, elle tachera de passer le message à ses petits-enfants. Peut-être qu’ainsi la ferme de Kernevez restera encore dans la famille.

Adèle Morlet

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