PROGRES DE CORNOUILLE - LE COURRIER DU LEON
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Le Léon défend son échalote, la seule, la vraie !
Ce légume répond à un cahier des charges précis.

Avec près de 40 000 tonnes produites en France dont 80 % dans le Finistère, l’échalote est un produit spécifiquement breton. La récente apparition sur le marché d’une " pseudo-échalote de semis " pourrait anéantir les efforts des producteurs qui, sans relâche, ont cherché à améliorer le produit. Pierre Bihan-Poudec, président de la section nationale, explique les enjeux de la mobilisation et le combat des Finistériens pour la reconnaissance de la vraie échalote.

" Plus de 800 producteurs sont concernés par l’échalote qui a connu un développement important ces dernières décennies, passant de 10 000 tonnes en 1970 à près de 40 000 tonnes en 2000. Ce légume a trouvé dans les terres du Nord-Finistère naturellement riches en limon un endroit idéal pour sa culture. Le Val de Loire constitue le second bassin de production. "

L’échalote, la vraie est issue d’une vieille tradition française. Elle apparaît déjà dans les écrits du temps de Charlemagne et dès le Moyen-Age elle est présente dans les jardins familiaux. Les premières exploitations d’échalotes remonteraient au XIIe ou XIIIe siècle.

Une tentative de fraude
L’échalote cultivée dans le Léon est produite à partir de bulbes. D’ailleurs, un arrêté de commercialisation, datant de mai 1990, définit le légume comme étant " issu d’une multiplication par bulbe présentant de nombreux bourgeons axillaires, une cicatrice du plateau de la touffe et une asymétrie par rapport à l’axe de la touffe ". Ce texte met l’échalote de semis hors la loi en France comme en Europe. " Des maisons hollandaises ont imaginé des échalotes à partir de graines, explique Pierre Bihan-Poudec. Mais les travaux de l’INRA ont prouvé que c’est un mélange d’oignon et d’échalote qui ne peut évidemment pas prendre le nom d’échalote ! Il y a tromperie sur le goût, tromperie sur la qualité, bref, les Hollandais mènent une tentative de fraude à grande échelle. " En 1999, les producteurs léonards ont dû faire face à une importante quantité d’échalotes de semis présentes sur le marché. Le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard, lors de sa visite au mois de mars dans le Léon, s’est dit prêt à défendre le dossier. " Actuellement, poursuit Pierre Bihan-Poudec, nous avons un interlocuteur à Paris, un " Monsieur échalote ", qui suit l’évolution du dossier. Si notre plainte n’aboutit pas, la notion d’échalote risque de disparaître. C’est la pérennité de la production qui se joue en ce moment. "

Des marchés désorganisés
La pseudo échalote, obtenue à partir de semis, est une production beaucoup moins gourmande en main-d’œuvre. Elle est commercialisée à un prix moins élevé que les échalotes authentiques et le marché s’en trouve profondément désorganisé. De la véritable contrefaçon comme dans le commerce des textiles ou produits de luxe ! Cette situation est aggravée par les sanctions américaines qui frappent de nombreux produits comme le Roquefort, le foie gras et, bien sûr, l’échalote, qui supportent une taxe de 100 % à leur arrivée sur le sol américain. De ce fait, l’exportation d’échalotes vers les Etats-Unis a chuté de 5 000 tonnes à moins de 500 tonnes aujourd’hui. Consolation tout de même pour les producteurs : le marché se développe vers le Canada, le Japon et l’Union Européenne. Pierre Bihan-Poudec conclut en souhaitant que " le débat soit engagé avant l’arrivée des pays de l’Est dans l’Union Européenne. Avec 25 pays, l’Europe risque de devenir une véritable tour de Babel ! "
René Monfort


Opération séduction sur les marchés

Pauline et Philippe sillonnent les marchés du Nord-Finistère pour présenter la vraie échalote et surtout pour informer le consommateur du danger de l’échalote de semis. De Loquirec à Saint-Renan, l’opération de communication bat son plein pendant la période estivale. " Nous sensibilisons les touristes à la vraie échalote de tradition qui appartient au patrimoine gastronomique français. Nous voulons mettre en évidence l’appellation " échalote de tradition " afin qu’il n’y ait pas de confusion. " A quelques pas de leur étal, Guy, producteur et vendeur de truites saumonées, les approuve dans leur démarche. " La truite et l’échalote se marient très bien", explique-t-il. Ici le consommateur peut comparer la vraie et la fausse et, bien sûr, répandre la bonne parole dans leurs lieux de résidence à leur retour de vacances.
René Monfort