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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Jean-Luc Roudaut chante la tolérance

 

Huit albums, une quarantaine de concerts assurés chaque année dans toute la France... Jean-Luc Roudaut, 50 ans, veut transmettre par les textes qu'il écrit en français et en breton, ses messages sur le respect de l'autre, la protection de l'environnement et la survie de notre langue régionale.

 

«Petit, d’après mes parents, je chantais tout le temps, j’étais un petit garçon joyeux », assure le chanteur pour sa défense. L’amour du breton et le besoin de contact avec les enfants le mènent d’abord dans les écoles Diwan. Il enseigne à Brest, Bannalec et Quimperlé. « Je n’avais que des chants traditionnels à apprendre aux mômes, se souvient-il, alors j’ai commencé à écrire des chansons. » Incapable de lire une partition, et ayant appris seul à jouer de la guitare (un « trois-quatre accords » assurément convaincant !), l’auteur séduit Yvon Étienne qui le prend sous son aile, mais pour s’occuper de sa sono. C’était l’époque du vinyle et des bandes, il y a plus de 25 ans : Jean-Luc Roudaut n’a alors pour tout bagage que des connaissances dans le domaine du son et de la vidéo, et l’envie de chanter et de partager.

 

Pour les enfants

L’un des premiers textes qu’il met en musique, c’est Grande Terre de Gilles Servat. Les deux artistes, qui se côtoient régulièrement sur scène, mènent des combats similaires, par exemple sur l’influence de la chanson aujourd’hui*. Dans Chantez la vie, l’amour et la mort, l’auteur de La blanche hermine clame que la chanson n’est « ni prodige, ni facilité », et dénonce le phénomène de starisation (« pour vous rendre muets, on vous donne des stars »). « C’est mon métier, je suis payé pour ça, c’est merveilleux qu’on me demande des autographes et qu’on achète mes disques ! » répond Jean-Luc Roudaut. Parfois catalogué en tant que chanteur pour enfants, son public privilégié, il assume : « Quand mes chansons sont jetées dans la rue ou sur les ondes, les gens en font ce qu’ils veulent ! Les enfants sont sincères, dit-il, ils ne trichent pas : s’ils n’aiment pas, ils le font savoir. Et s’ils aiment… ils en parlent à leurs parents. »

En matière d’environnement, le chanteur veut parvenir à un apprentissage des valeurs, à un monde plus citoyen : « Les enfants sont les adultes de demain. On est allé trop loin dans le viol de la nature. J’espère qu’ils oseront crier qu’on n’a pas le droit de la salir au nom du profit de quelques-uns, qu’ils oseront taper sur la table quand un bateau pollue, bref, qu’ils seront plus responsables que nous. » La préoccupation écologique ressort notamment en 1992, dans l’album Meurlarjez (Carnaval en français) que Jean-Luc Roudaut édite sous le nom de groupe Rêves de gosse. Dans ce disque aux couleurs de la Bretagne et à la musicalité déjà très synthétique, Keruscun Blues fait l’apologie du ciel bleu et des petits oiseaux (un peu à la manière de Pierre Perret dans Donnez-nous des jardins). Les gamins du quartier brestois signent le refrain :

 

Gardez votre béton

On veut voir le ciel bleu

Et avoir not' jardin

Comme salle de jeu

 

Le malaise des banlieues ? Notre intermittent du spectacle a un regard très critique sur la façon dont on en parle dans les médias. « Ce n’est pas la réalité » dit-il. Il regrette aussi qu’on jette sans cesse la pierre aux enseignants. Depuis quatre ans, Jean-Luc Roudaut travaille dans le « 9.3 », comme on dit, à Montfermeil, dans la cité des Bosquets, un endroit où, selon lui, « on ne mettrait pas un chien à vivre ». « On voudrait que les gens y soient heureux, c’est impossible ! » s’exclame-t-il. Néanmoins, il avoue passer des moments fabuleux avec les petits turcs et les petits marocains. « Les parents et les professeurs font tout pour que leurs enfants s’en sortent, respectent les autres, lance-t-il, admiratif. Sauf qu’au bout d’un moment, la cité est plus forte ».

 

L’animatrice de la radio RCF Rivages, Sylvie Bellec, avoue une grande tendresse à l’égard du chanteur de Plouguerneau qu’elle diffuse très souvent à l’antenne. Si son fils Erwan, bientôt neuf ans, connaît toutes ses chansons, c’est sans doute parce qu’elle l’emmène très régulièrement aux concerts. « Jean-Luc est quelqu’un de chaleureux, dit-elle, qui communique beaucoup avec son public, et avec qui les enfants n’ont pas peur de monter sur scène. Il me fait penser à un gentil nounours qu’on a envie de prendre dans ses bras. Il est naturel, il faut le garder comme ça ! ».

 

Pour véhiculer ses idées, le « gentil nounours » est aussi passé chez les Verts, mais il n’y est pas resté longtemps. Partisan d’une « politique globale », il regrette que le parti ne soit pas parvenu à se mettre d’accord avec la gauche pour réfléchir aux questions environnementales. « Si on est citoyen, l’écologie coule de source, tempête le chanteur. Ce n’est pas forcément à un parti écologiste de s’occuper de ces problèmes-là. Par exemple, l’association Greenpeace est un garde-fou par rapport à des choses que même les politiciens n’osent pas dénoncer pour rester politiquement corrects. »

 

Le goût des autres

À Plouguerneau où il est né, et où il vit, Jean-Luc Roudaut se consacre à l’éducation de son quatrième enfant, Noah, venu au monde l’an dernier. Le chanteur-compositeur pratique aussi la peinture, et la voile, sur un vieux Mousquetaire qu’il a retapé. Il donne de sa personne pour des concerts de charité, comme à Guipavas, pour aider les victimes du tsunami. L’appétit d’en apprendre plus sur les autres, de leur parler, de passer du temps avec eux prend naturellement le dessus. L’âge et la condition sociale n’ont évidemment aucune importance.

 

Ainsi, en 2004, Jean-Luc Roudaut a remisé sa guitare pour travailler sur l’intergénération, caméra au poing. Il a immortalisé des scènes plus touchantes les unes que les autres, sur l’apprentissage d’internet par des personnes âgées de la résidence Louise Le Roux à Brest. Leurs professeurs ? Des jeunes de moins de 16 ans en voie de marginalisation scolaire, du dispositif Relais Kerbonne. L’expérience a abouti à la réalisation d’un DVD de 26 minutes. « Disponibilité, écoute, exigence, création, esthétique, technique » : l’enseignante Monique Argoualc’h ne tarit pas d’éloge sur le travail de Jean-Luc Roudaut. La tolérance fut, là encore, la ligne directrice du projet. « Je ne voulais pas en faire un film trop pleurnichard, car je ne supporte pas ça, dit le réalisateur. J’ai mélangé moments touchants et rigolos ».

 

Sorti en octobre, le dernier disque de Jean-Luc Roudaut s’intitule La ronde des z’animaux. Il présente une particularité : tous les titres sont en français, et certains sont d’anciennes compositions à lui, traduites du breton. On y retrouve 21 chansons, dont L’araignée Gipsy, Un, je lève le pouce, La polka des lapins, ainsi qu’une Ballade à Noah, son fils. Le chanteur de Plouguerneau prépare déjà son prochain CD qui sera cette fois tout en breton. La roue tourne : il a mis en musique des textes écrits par Armelle Creignou, enseignante chez Diwan à Brest. « Plus les enfants auront accès à la langue, mieux ça sera, scande Jean-Luc Roudaut. Il faut continuer à écrire des livres, à faire des films. Beaucoup de monde travaille grâce au breton. Je trouve bien qu’à l’hôpital, on puisse discuter en breton avec des personnes âgées en fin de vie. C’est une belle façon de les accompagner ».

 

Et pour l’avenir, que souhaiter à Jean-Luc Roudaut ? Certainement de suivre la voie que le destin lui a tracée. Car il fait des jaloux ! « Sa plume de pie, plume de paon, j’aurais bien voulu l’avoir écrite, celle-là ! » revendique Gilles Thoraval, chanteur breton bercé par le même univers.

Christophe Pluchon

 

  • Jean-Luc Roudaut et Gilles Servat se produiront le 18 février à l’espace Avel Vor à Plougastel-Daoulas, à 20 h 30.
  • Contact : www.jlroudaut.net/
  • Sur le DVD intergénérations : www.a-brest.net/article737.html
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