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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Mélanie Thomin

Passe ton Capes après

 

Elle n’a rien d’une pasionaria. Depuis près de sept semaines, pourtant, elle est tous les jours « au front ». Dans les amphis ou dans la rue, Mélanie Thomin, secrétaire générale de l’Unef de la faculté des lettres brestoise, prend la parole avec d’autres représentants d’une génération qui refuse d’être caricaturée. Et affirme vouloir simplement croire qu’elle a le droit à un avenir.

 

On avance en marchant. Cet adage, Mélanie ne s’attendait pas à le mettre en pratique aussi vite. Avant-hier encore, la jeune Landernéenne planchait sur ses cours, rêvant de pouvoir un jour pas si lointain transmettre le flambeau de l’enseignement à de prochaines générations.

C’était avant. C’est loin. En quelques folles semaines, le temps a déferlé, à coups d’AG, de blocus, de manifs, de débats, de combats. Et celle qui ne s’était engagée dans le premier syndicat étudiant de France qu’à la dernière rentrée universitaire est désormais plus habituée à parlementer au micro ou à négocier avec les CRS qu’à décortiquer les subtilités de la langue de Molière.

En septembre dernier, la jeune fille de 21 ans aspirait à prolonger ses convictions dans l’action. « La conscience politique, cela faisait déjà un moment que je me l’étais construite, petit à petit. Je n’envisageais plus de passer mon année à aller simplement en cours, je voulais rendre cette période de ma vie plus constructive.»

Adhérente, très vite militante, Mélanie se prend au jeu, « parce que je me retrouvais dans les idées de l’Unef, notamment dans les positions qui consistent à défendre l’avenir de la jeunesse ». Parachutée secrétaire générale du syndicat Unef des lettres au second semestre, elle entre en collision frontale avec ses aspirations : « Au départ, nous avons soutenu le mouvement des étudiants en sports, qui se mobilisaient contre la suppression des postes aux concours de l’enseignement. Le CPE est venu s’y rajouter, et il a fallu crocher dans les deux causes en même temps… On peut être fiers : la fac de lettres a été sur Brest à la base du mouvement, et nous avons réussi, très vite, à fédérer du côté des étudiants puis des lycéens », sourit-elle au beau milieu d’une faculté bloquée depuis près de sept semaines.

 

Réveil des consciences

Porte-voix d’un petit peuple que certains considèrent encore comme une masse sans conscience politique, sans volonté, privilégiée souvent, Mélanie contre, point par point, les critiques, les a priori. Et d’abord ceux qui voudraient que le mouvement soit instrumentalisé : « L’opinion des étudiants d’ici, personne ne la leur a imposée : nous n’avions pas de modèle pré requis à leur proposer. Nous, nous avons juste expliqué, responsabilisé, informé des jeunes qui au départ ne savaient pas grand-chose de ce CPE et de ses conséquences. » Fac de lettres, de sciences ou de droit. Iut de Brest, fac de Quimper : avant la grosse vague de mobilisation, la jeune militante a sillonné le département, pour relayer l’info, remuer les méninges, réveiller ces fameuses consciences. À compter du 14 février, l’agenda s’est affolé, les manifs et les « actions » se sont multipliées, les foules ont embrayé. Non sans réflexion, car c’est bien là que le mouvement veut en venir, martèle la jeune fille : « Cette génération qu’on cherche à désolidariser, à faire passer pour individualiste, elle montre aujourd’hui qu’elle est capable de proposer autre chose, qu’elle peut s’engager. » Quant aux doigts pointés sur des étudiants pas concernés par la « cause » pour laquelle ils se battent, Mélanie y oppose sa propre situation : « Moi, je pensais être prof… En lettres, les postes aux concours ont baissé de 30 %. Sans le Capes, je vais droit vers les remplacements, la précarité, et ce avec ou sans CPE… » Et si ce dernier fait l’unanimité contre lui, « le but est de combattre la précarité en général, dont ce contrat n’est que l’antichambre ! S’il ne passe pas, cela permettra de démontrer que le modèle de société, de plus en plus précaire, que nous propose le gouvernement, on n’en veut pas ! » Une position qui ne va d’ailleurs pas sans contre-propositions, où surnagent les revendications d’une « vraie politique en faveur de la jeunesse, des mesures politiques capables de permettre à la jeunesse de s’émanciper, des vraies mesures passerelles vers l’emploi, et entre autres l’allocation d’autonomie. »

 

Reprendre ses droits

Beaux discours idéalistes, portés par une génération trop habituée à son petit confort ? « Autour de moi, la précarité des étudiants est une réalité ! Ne serait-ce qu’à Ségalen, 60 % d’entre eux travaillent pour financer leurs études, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ce n’est déjà pas évident, mais quand on sait que même avec des diplômes c’est la précarité qui nous attend… » Il y a de quoi faire monter une mayonnaise, dont les ingrédients étaient, selon Mélanie, à point depuis un moment déjà. « C’est une accumulation. Des mesures qui depuis quelques années déjà sont méprisantes pour la jeunesse. La crise des banlieues n’était qu’une prémisse. Ma génération a vécu sa fin d’adolescence avec mai 2002. Aujourd’hui, parce que l’on veut avoir des perspectives d’avenir, on réinvestit d’un coup nos droits ! »

Ce droit à la réussite qu’ont vécu leurs parents, qu’ils voient aujourd’hui se réduire à peau de chagrin, les jeunes ne veulent pas le lâcher. Quitte à faire « des sacrifices » sur cette année d’études qui sera de toutes les façons désormais difficile à mener… « Certains profs essaient de nous rappeler à la « réalité immédiate », celle des partiels. Je dis qu’il faut savoir ce que l’on veut : un vrai emploi pour plus tard, ou rester enfermés dans ce cercle vicieux de la précarité. On ne peut plus lâcher maintenant ! »

En sept semaines de crise, la vie de la petite étudiante en lettres a basculé. Les heures ne se comptent plus, entre la préparation des manifestations, les voyages éclairs en coordinations nationales, les AG. Et la décision de promulguer la loi sur l’égalité des chances, prise le 31 mars par Jacques Chirac ne semblait pas, après la forte mobilisation du 4 avril à Brest, propre à annoncer un reflux de la mobilisation locale. « Ce compromis ne nous convient pas, il n’est pas démocratique car Jacques Chirac n’a pas écouté la rue. Les négociations ne peuvent passer que par le retrait du CPE », insistait la jeune militante. Mercredi 5, d'ailleurs, les étudiants brestois ont à nouveau reconduit le blocus de leur faculté.

 

« Un tournant »

Le Capes sera sans doute pour plus tard. Ou pas. Comme tant d’autres, Mélanie a des parents inquiets pour son avenir proche. Mais, dit-elle, « conscients que cet engagement n’est pas artificiel, qu’il est utile. Ils le voient dans les journaux, tous les jours ! »

Face aux doutes et aux reproches qui naissent sur l’intransigeance des syndicats, la militante n’envisage pas de baisser le drapeau. Quelle que soit l’issue de « ce mouvement singulier, qui pour la première fois depuis des années a mis des millions de personnes dans la rue, ensemble », elle reste confiante « et fière ». Parce que le mouvement aura marqué un « tournant. Les jeunes ont réappris à se poser des questions, à avoir envie de continuer à se les poser ». Et à y répondre « aujourd’hui dans la rue. Demain, il y aura les urnes. »

Élisabeth Jard

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