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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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RMI

Repartir vers l’insertion maximum

Aujourd’hui en France, 1,4 million de personnes sont bénéficiaires du RMI. En Finistère, la « barre » des 14 000 allocataires a été franchie à l’automne dernier. Gestionnaire du dispositif depuis 2004, le Conseil général met l’accent sur le «i» de l’insertion, qu’elle soit économique ou sociale.

 

Curieux paradoxe que celui qui voit depuis des mois en France, à l’exception du mois de janvier, les chiffres du chômage fondre régulièrement… à mesure que le nombre de bénéficiaires du RMI s’avère toujours plus fort. En Finistère, sur une année, le nombre de demandeurs d’emploi s’est ainsi « allégé » de 6 %, tandis que 8 % de personnes supplémentaires émargeaient au RMI.

 

Fin 2005, plus de 14 000 Finistériens bénéficiaient ainsi de ce revenu minimum d’insertion. En charge de la gestion de cette allocation depuis janvier 2004, le département y aura en 2005 consacré 54 millions d’euros, un chiffre déjà à la hausse et pour lequel la tendance ne semble pas prête à s’inverser : un budget de 60 millions d’euros est d’ores et déjà prévu pour 2006.

 

Si le phénomène n’est pas propre au Finistère, il n’en serait pas moins légitime de s’interroger sur la façon dont le Conseil général met en œuvre les outils ad hoc censés permettre aux bénéficiaires du RMI de sortir du dispositif par l’emploi.

 

Car, depuis le 18 décembre 2003, la loi impose à ces bénéficiaires de signer, avec le Conseil général, un contrat d’insertion. La chose n’a finalement rien de nouveau en soi, mais sa formalisation dans les textes crée désormais une sorte d’obligation de résultat… Bien difficile à mesurer pour l’heure.

 

Contractualisation, mode d’emploi

Certes, le taux de contractualisation finistérien « officiel », n’était que de 32 % à l’automne 2005… Mais cela ne veut finalement pas dire grand-chose, estime Richard Ferrand, conseiller général, délégué à l’insertion au sein de la commission d’action sociale du département : « Il y a deux manières de contractualiser. Celle, mécaniste et bureaucratique, qui consiste à faire signer un bout de papier vidant de sa substance le volet insertion du contrat. Alors, demain nous pouvons avoir 90 % de contractualisation. La seconde façon de faire prend le parti de l’insertion durable et réelle. C’est la nôtre ».

 

Une logique qui se veut donc ambitieuse, où « l’accompagnement de la personne est global, et ne se limite pas à l’insertion par l’économique, mais prend en compte tous les éléments connexes qui constituent, pour chacun, des freins à l’emploi », précise Patricia Adam, vice-présidente du Conseil général en charge de l’action sociale.

 

Pour mettre en œuvre cette volonté, le département a dû, depuis 2003, remettre à plat l’organisation de ses services sociaux, afin d’y inclure la dimension de l’insertion. La démarche a notamment conduit à la création des Commissions de lutte contre les exclusions, où travailleurs sociaux, aidés par les référents de l’ANPE (lire par ailleurs), posent un premier diagnostic d’ensemble, qui va permettre aux bénéficiaires d’avoir tout à la fois accès à une aide au retour à l’emploi, mais aussi à un accompagnement social, parfois médical : « Il faut arrêter de compartimenter les gens, de les trimballer d’un service à un autre. Aujourd’hui, une personne qui entre dans le dispositif le fait par l’assistante sociale, qui s’entoure ensuite des personnes compétentes selon les besoins, qu’il s’agisse de problèmes de garde d’enfants, d’endettement, de logement, etc. », note Patricia Adam. Charge ensuite aux CPLE (Comités de pays de lutte contre les exclusions), de recenser les besoins locaux, et de mettre en place l’offre d’insertion qui y correspond.

 

Fermeté

Sur le papier, la logique est efficace, et ce d’autant plus qu’elle vient s’appuyer sur un partenariat avec l’État, dans le cadre de la mise en œuvre des emplois aidés.

 

Sur le terrain, les choses sont plus complexes, les dossiers deviennent des noms, les noms des histoires, les histoires des problèmes… « Je me refuse à parler de Rmistes. Car sur le nombre de bénéficiaires, certains sont aux portes de l’emploi, d’autres aux portes de l’enfer. Il y a autant d’histoires personnelles, sociales et professionnelles que de bénéficiaires. Certains n’ont besoin que d’une aide ponctuelle, d’autres cumulent les handicaps et auront de fait encore durablement besoin de notre solidarité », martèle Richard Ferrand.

 

Novices en matière d’insertion économique, les responsables du département n’en paraissent pas moins volontaristes. Le schéma mis en place depuis deux ans en semble en tout cas être l’illustration. Et si l’étiquette sociale prime, la fermeté est aussi de rigueur : depuis avril 2005, les nouveaux entrants dans le dispositif RMI sont systématiquement convoqués pour un entretien avec un référent emploi. Un point de départ indispensable pour un retour aussi rapide que possible dans le monde de l’autonomie. Mais un rendez-vous manqué, aussi, pour certains : en 2005, sur une moyenne de 4 à 500 nouveaux bénéficiaires par mois, seuls 50 % ont répondu à l’appel… « Pour certains, même s’ils restent minoritaires, le RMI est de droit. Pour eux, le « i » de l’insertion n’a jamais été activé. Aujourd’hui, des courriers  leur sont adressés, pour leur rappeler qu’ils ont des obligations. Et nous n’hésiterons pas à suspendre les allocations si besoin », prévient Patricia Adam. Une mesure inédite qui pourrait très rapidement pousser les récalcitrants à entrer dans le jeu de l’insertion.

 

Réalisme

Pour autant, les résultats ne sont pas pour demain, reconnaissent les élus.  « L’insertion ne se fait pas dans un bocal. Sa réussite reste liée à la situation de l’emploi, et l’on ne crée de l’emploi qu’avec de la croissance. Par l’insertion, nous faisons en sorte que les personnes se trouvent en situation de répondre aux offres d’emploi qui reviendront avec cette croissance… Maintenant, dans un environnement économique qui ne cesse de se dégrader, il ne faut pas non plus croire que les réponses en matière d’emploi seront meilleures demain pour les bénéficiaires du RMI… », estime Richard Ferrand. En matière de politique comme d’économie, la naïveté n’a décidément plus sa place. 

Élisabeth Jard

 

 

Insertion : avec un grand E

comme emploi

La logique a changé, les esprits et les pratiques aussi. Intégrés dans la chaîne des travailleurs sociaux du département, des référents ANPE viennent épauler les bénéficiaires dans leurs recherches.

 

Ils sont douze, répartis sur les huit territoires d’action sociale du département. Depuis la fin du printemps dernier, ces agents de l’ANPE ont intégré les services sociaux du département, pour y œuvrer aux côtés des travailleurs sociaux, dans la logique nouvelle de la contractualisation du RMI. Une cohabitation qui n’est pas allée d’elle-même, mais qui, au bout de quelques mois, semble avoir trouvé sa pleine place dans le mécanisme de soutien aux bénéficiaires du RMI. « Les choses vont beaucoup plus vite qu’avant : désormais, tout nouvel entrant dans le dispositif RMI bénéficie d’un entretien avec le référent emploi puis une assistante sociale en moyenne au bout d’un mois et demi. Auparavant, c’était selon, il n’y avait pas ce diagnostic global », insiste Jean-Michel Le Doussal, coordonnateur des agents ANPE mis à disposition du Conseil général.

 

Entendre, comprendre et alerter

Ce double entretien, qui démarre par un premier diagnostic élaboré par le référent ANPE, débouche ensuite rapidement sur les fameux contrats d’insertion. « L’idée, c’est l’efficacité pour l’usager. L’assistante sociale demeure la référente de la personne, celle qui va rédiger le contrat d’insertion. Mais nous travaillons ensemble, elle prend en compte nos préconisations sur le volet emploi. Et, pour moi en tout cas, l’approche des usagers s’en est trouvée largement changée », analyse Olivia Coat, référente ANPE au CDAS de Lesneven. Spécialiste de l’emploi, la jeune femme avoue avoir revu ses critères d’approche des « dossiers » : « Je suis beaucoup moins « technicienne »… Même si mon métier n’est pas le social, j’entends les problèmes des personnes, ce qui peut influer sur leur retour à l’emploi, et j’en tiens compte ». Ce qui peut parfois conduire à mettre le volet « emploi » du contrat en attente, le temps que les difficultés plus sociales aient trouvé un début de réponse. Les personnes sont alors orientées en priorité vers l’assistante sociale, qui mettra en œuvre les réponses ad hoc.

Mais tout dépend. « Je peux voir dans la même journée un jeune ingénieur en attente de ses premiers salaires, puis une personne au parcours plus complexe, très éloignée de l’emploi. Certains peuvent travailler tout de suite, d’autres devront passer par des phases intermédiaires », explique Olivia Coat. Cet aspect des choses, la technicienne de l’ANPE ne le prenait pas en compte de la même façon auparavant. Aujourd’hui, plongée dans la réalité du volet «social » de la recherche d’emploi, elle a appris à composer avec d’autres données. « À l’ANPE, on considère qu’un demandeur d’emploi vient nous voir par une démarche volontaire. Cette fois, il faut aller au-devant de la personne, prendre plus de temps pour l’écouter, la conseiller, comprendre ce qui fait frein à son retour à l’emploi ». Une relation nouvelle qui, selon la jeune femme, ne peut qu’aller dans le sens d’un mieux pour tous : « Avant, les travailleurs sociaux conseillaient les gens pour retrouver un emploi, mais ils n’avaient pas toutes les clés. Aujourd’hui, ce travail en commun permet justement de mieux identifier les problèmes et les atouts de chacun : on mobilise les gens tout de suite, et on leur évite ainsi de s’installer dans un dispositif. Plus tôt on les alerte sur le risque qu’ils courent à rester éloignés de l’emploi, plus efficace est la démarche ».

Elisabeth Jard

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